Vues d’Afrique, les films…

Par Corinne Bénichou

Zizou de Férid Boughedir
Avec
Zied Ayadi, Sara Hanachi, Fatma Ben Saidane, Zied Touati, Taoufik El Bahri, Aïcha Ben Ahmed, Wajiha Jendoubi, Ikram Azzouz, Abdelmonem Chouayet, Jamel Sassi et Omar Issa Harrath.

zizouAziz, surnommé Zizou (Z. Ayadi), jeune diplômé au chômage, quitte son village du Sahara pour monter à la capitale, Tunis, en quête d’un métier. Il devient installateur de paraboles sur les toits. Encore honnête et candide, il circule dans tous les milieux, des plus aisés aux plus démunis, des modernistes branchés aux partisans du régime despotique ou aux opposants islamistes clandestins. Un jour, depuis les terrasses du beau village de Sidi Bou Saïd, il tombe fou amoureux d’une jeune fille (S.Hanachi) qui semble séquestrée par un groupe de mafieux proches du pouvoir et à qui il rêve désormais de rendre la liberté. Quand éclatent en Tunisie les prémices de la Révolution qui va donner naissance dans toute la région aux espoirs fous d’un Printemps des peuples libérés, Zizou devient célèbre malgré lui ! Par sa maladresse et sa naïveté il traversera mille péripéties…

Projeté en première canadienne, le long métrage du réalisateur tunisien a donné le coup d’envoi, le 13 avril dernier, lors de la soirée d’ouverture du festival Vues d’Afrique.

Après Halfaouine, une enfance dans la médina de Tunis, Un Été à La Goulette, une adolescence dans la Tunisie des années 60, la troisième et dernière partie de la trilogie, Zizou, présente le passage à l’âge adulte, avec une panoplie de personnages colorés, qui coïncide avec la naissance d’une révolution.

Entre religieux endoctrineurs, manipulateurs politiques, magouilleurs commerciaux et dirigeants oppresseurs, cette histoire, sous une apparente légèreté, dénonce les travers d’une dictature et la rébellion d’une génération qui en a assez !

Le réalisateur traite dans tous ses longs métrages, à la fois, du personnel et du collectif. Ici, il offre une vision amusée et tendre de la Tunisie contemporaine en évitant le discours partisan. Le spectateur suit le parcours, à la fois cocasse et révélateur, d’un candide moderne. Il fait découvrir le quotidien d’une société méditerranéenne exubérante à la veille d’un bouleversement majeur, la naissance du Printemps arabe qui va gagner toute la région et aura un retentissement planétaire.

—–

Minga et la cuillère cassée de Claye Edou
Avec les voix de
Danièle Bonam, Alexis Bell, Anthéricis, Anicet Simo et Danice Youngue.

mingaUne jeune orpheline (D. Bonam), chassé de sa maison familiale par sa belle-mère (Anthéricis), parce qu’elle a cassé une cuillère en lavant la vaisselle, donne le point de départ pour une série d’aventures au cours desquelles la demoiselle rencontrera un sorcier, des animaux sauvages ainsi qu’un prince charmant…

Pour son premier film d’animation, cent pour cent local, inspiré du conte pour enfants La cuillère cassée de Charles Binam Bikoi et d’Emmanuel Soundjock, le réalisateur camerounais a voulu mettre en avant la richesse culturelle du pays. Il a mis trois ans pour finaliser son projet.

Les premières images montrent un village africain, puis une jeune fille enjouée malgré sa condition, des couleurs prononcées comme le jaune et l’orange pour les habits, le vert pour la nature environnante.

Entre épreuves et proverbes, cette histoire à la Cendrillon sauce africaine, où la naïveté, la gentillesse, la méchanceté, la sorcellerie et l’amour sont abordés, est parsemée de chansons.

Les enfants seront captivés par l’ensemble du récit et quelques scènes les amuseront.

Le chanteur Dynastie le tigre interprète le thème original du film.

—–

Etre juif et noir en France d’Annick Nguessan
Avec
Guershen N’duwa, Roger Cukierman, Jean-Pierre Allali, Yves Kamami, Gilles Bernheim, Joël Mergui, Shmuel Trigano, Philippe Boukara, Sammy Ghozlan, Simon Midal et Josiane Sberro.

juif et noirLe documentaire d’une heure quarante six minutes reflète une partie de la mosaïque contrastée des groupes sociaux, ethniques et religieux, composant la société française et ce, à travers le récit autobiographique de Guershen N’duwa, président de la Fraternité Judéo-Noire.

Né au Congo, dans une famille animiste (doctrine philosophique qui fait de l’âme le principe de tous les phénomènes vitaux), convertie au judaïsme, celui-ci se rend en France après des études en Israël.

La difficulté de cette population à faire reconnaître et à faire accepter son identité est complexe et souvent mal perçue dans un contexte social ou les juifs noirs représentent, à la fois, une minorité ethnique dans la communauté juive occidentale et une minorité religieuse africaine.

Ce film, axé autour de cette personnalité, présente une succession d’intervenants sur des thèmes touchant au judaïsme pratiqué par des milliers de Noirs en Afrique, en Israël, aux États-Unis et depuis peu en France et en Europe.

De président et membres du bureau exécutif du conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) au grand rabbin, en passant par une femme d’affaires, un doyen d’université, un chanteur, un écrivain, un sociologue, des journalistes, des philosophes, un chef d’entreprise, un enseignant, un éditeur, un député européen, une mère de famille et plusieurs historiens, tous et chacun y vont de leur point de vue suivant leur position qu’elle soit pieuse, sociale, politique, culturelle ou communautaire.

Plusieurs sujets sont abordés : Le dérapage de l’humoriste Dieudonné, l’amalgame entre la diaspora et Israël, la propagande antisioniste, variante déguisée de l’antisémitisme primaire, la société française, les cités, le mythe qui associe le judaïsme à l’argent, la conversion, les traditions, la double difficulté (confession, ethnicité) de deux peuples marthyrs, la condition des Afro-Américains et des Éthiopiens entre autres…

Il a fallu à la journaliste/productrice/réalisatrice un an de tournage et trois ans de recherches pour livrer ce film au public afin de mettre en lumière l’existence et la situation de ces deux cent cinquante familles résidant en Île de France et ces quatre cent mille individus vivant au Nigéria, en Côte d’Ivoire, au Mozambique, au Zimbabué et en Afrique du Sud. Sa curiosité démontre une grande ouverture à l’autre à l’heure où le vivre ensemble n’a jamais été autant d’actualité !

—–

La vie de château de Modi Barry et Cédric Ido
Avec
Jacky Ido, Tatiana Rojo, Jean-Baptiste Anoumon, Felicite Wouassi, Gilles Cohen, Eric Abrogoua, Ralph Amoussou, Yilin Yang, Hoji Fortuna, William Nadylam et Franck Koumba.

vie châteauParis, Charles (J. Ido) est le chef d’un groupe de rabatteurs employés par les salons de coiffure afro du quartier. Charismatique, il règne sur son bout de trottoir où on le surnomme le Prince. Il est même sur le point de s’installer à son compte et de racheter le salon d’un barbier kurde dont les affaires périclitent. Mais un service rendu à un ami jaloux et l’ascension sur le boulevard d’un jeune rival (E. Abrogoua) aux méthodes plus agressives vont l’entraîner dans une dangereuse spirale dont ses rêves, sa réputation et sa garde-robe ne sortiront pas indemnes.

Ce film est une joyeuse plongée au sein d’une communauté noire véritablement intégrée dans la vie parisienne évoluant dans un quartier spécifique, le dixième arrondissement, à la station de métro Château d’Eau (d’où le titre ambigu).

Les concurrents, les copains, les employées asiatiques, les affaires avec les Indous et les plans foireux dans une histoire remplie de clins d’oeil et dont le réalisateur tente avec finesse de révéler la sensibilité.

La conclusion donnera au prince la place du roi.

—–

Le rêve français de Christian Faure
Avec
Yann Gael, Aïssa Maïga, Aude Legastelois, Sohée Monthieux, Ambroise Michel, Firmine Richard, Pierre Rousselet et Jocelyne Bérouard.

rêve françaisSamuel (Y. Gael) et Doris (A. Maïga) originaires de la Guadeloupe, Charley (A. Legastelois), de La Réunion, parmi bien d’autres, ont franchi le cap pour vivre leur rêve français, mais à leur arrivée dans l’Hexagone, rien ne se passe comme prévu. Samuel connaît la prison et Doris suit une formation qui lui déplaît…

Il a fallu quatre ans à France Zobda, instigatrice du projet, à Christian Faure, réalisateur également scénariste avec Sandro Agénor et Alain Agatont, pour dévoiler un pan d’histoire peu glorieux.

Le choix de présenter un oeuvre romanesque plutôt qu’un documentaire ajoute une proximité et permet au public de mieux s’identifier aux personnages.

Cette expérience compliquée mais néanmoins nécessaire implique une pléiade d’acteurs dont les prestations sont impeccables à commencer par Yann Gael, alias Samuel, qui a d’ailleurs reçu, lors du festival de la fiction de La Rochelle, édition 2017, le prix de la meilleure interprétation masculine.

Cette épopée commence à Pointe à Pitre, en Guadeloupe, alors que la guerre d’Algérie vient de se terminer et que les recruteurs métropolitains attirent les jeunes avec des promesses d’avenir mirobolantes…

Entre images d’archive et fiction, le récit avance chronologiquement de 1962 à 2005, en passant par de nombreuses péripéties au fil des années : Rebellion, violence, dénonciation, emprisonnement, désillusion, tourmente, tenacité, réussite, déchéance, rebondissements, retrouvailles familiales et amicales, trahison politique, manipulation, radicalisation et double révélation !

Ce téléfilm de cent quatre-vingt minutes, en deux parties, devait, au départ, être une série de six épisodes de cinquante minutes, mais la chaîne France 2 en a frileusement décidé autrement. Malgré cette réduction de temps, les partenaires ont réussi à raconter, une fresque à la fois solide et émouvante.

Il est à souhaiter que cette saga autant humaine que sociale, sur fond de Bumidom (Bureau de Migration d’Outre-Mer) et d’exil, soit vu par le plus grand nombre de personnes afin de sensibiliser non seulement le peuple français mais aussi ses dirigeants politiques pour qu’elle s’inscrive comme une référence et aboutisse à une reconnaissance sur la richesse culturelle apportée par les ultra-marins concernés et leurs descendances à la société française actuelle, découlant de son passé colonial. Une belle façon de restituer officiellement leur dignité.

—–

Aziz’Inanga, éclipse du clair de lune d’Alice Aterianus-Owanga

azizLe documentaire de quarante-huit minutes raconte la gloire mais aussi la détresse de cette artiste par des images d’archives, un voyage musical, des photos, des témoignages d’amis et de professionnels ainsi que ses propres déclarations et ses souvenirs avec le retour dans sa ville natale et la visite émotive de son école.

Vous suivez le parcours de la chanteuse qui, au milieu des années 90, au sommet de sa gloire, a soudain disparu de la scène.

Considérée comme l’une des plus grandes chanteuses du Gabon, puisant dans le folklore en imposant un style inspiré de rythmes traditionnels, du jazz et des musiques populaires africaines, Aziz’Inanga s’est illustrée, pendant deux décennies, à l’international, tant aux États-Unis qu’au Québec (festival d’été et Nuits d’Afrique) avec de nombreux titres dont le classique Africa.

La maladie comme la censure des dirigeants et institutions de son pays l’ont forcée au silence en 1995.

C’est pour raconter son histoire, mais surtout pour lui rendre un vibrant hommage que la réalisatrice a réussi à la convaincre de participer à ce film. Elle plonge le spectateur dans la nostalgie, l’engagement et la dénonciation de la citoyenne vis à vis des tares dont sont victimes les populations.

En conclusion, fragile, mais debout, Aziz’Inanga est et demeure sans rien perdre de sa superbe !

Ce contenu a été publié dans Événement. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.