43e Festival du Nouveau Cinéma (FNC)

loup fncLe festival a programmé trois cent quatre vingt films  -cent cinquante deux longs et deux cent vingt huit courts-  en provenance de cinquante cinq pays dont quarante premières mondiales, cinquante et une premières nord-américaines et quarante et une premières canadiennes à travers les diverses sections du festival pendant onze jours qui se déclinaient dans une nouvelle configuration de huit lieux au total.

Par Corinne Bénichou

Parmi les nombreuses œuvres proposées, Regards sur la ville n’a pu en voir qu’une dizaine entre les projections de presse et les billets octroyés par le service de presse, l’accréditation ayant été refusée. Il a donc été privilégié les longs métrages (fictions et documentaires) en compétition officielle. L’ouverture et la clôture étant sur invitation, aucune n’a été couverte.

Whiplash de Damien Chazelle
Avec Miles Teller, J.K. Simmons, Melissa Benoist, Paul Reiser, Austin Stowell, Jayson Blair et Kavita Patil.

États-Unis
1h45

whiplashAndrew (M. Teller), dix neuf ans, rêve de devenir l’un des meilleurs batteurs de jazz de sa génération, mais la concurrence est rude au conservatoire de Manhattan où il s’entraîne avec acharnement. Il a pour objectif d’intégrer le fleuron des orchestres dirigé par Terence Fletcher (J.K. Simmons), professeur féroce et intraitable. Lorsque celui-ci le repère enfin, le jeune homme se lance, sous sa direction, dans la quête de l’excellence…

Film sur la détermination qui plonge le spectateur dans l’idée d’arriver à une excellence musicale. La relation amour haine entre les deux protagonistes captive jusqu’au final.

Je suis à toi de David Lambert
Avec Nahuel Pérez Biscayart, Jean-Michel Balthazar et Monia Chokri.

France/Belgique
1h43

Lucas (N. Pérez Biscayart), un jeune escort boy argentin sans le sou qui fait tout ce qu’il peut pour survivre à Buenos Aires. Un jour, sur Internet, il rencontre Henry (J-M. Balthazar), un boulanger belge qui souffre de solitude et qui rêve de le sauver de la prostitution. Le jeune traverse donc l’Atlantique pour devenir son apprenti, mais il se sent bien vite prisonnier de son amour. La vendeuse de la boulangerie Audrey (M. Chokri), a quant à elle tout pour plaire mais elle se refuse à lui…

Après Hors les Murs, sélectionné à la Semaine de la Critique, Cannes 2012, voici le deuxième long métrage du réalisateur belge. Il y présente un triangle amoureux intéressant et interprété avec nuances. Jean-Michel Balthazar, dans la lignée de Bouli Lanners, est poignant par son jeu à la fois physique et émotionnel.

Gurov et Anna de Raphaël Ouellet
Avec Andreas Apergis, Marie Fugain, Sophie Desmarais et Éric Bruneau.

Québec
1h46

Ben (A. Apergis) est un écrivain devenu enseignant, faute de mieux. Au cours de ses années d’enseignement, il a développé un intérêt presque obsessif pour La dame au petit chien de Tchekhov, une courte nouvelle qui raconte une liaison extraconjugale devenant un amour authentique. Alors qu’il vit une période trouble avec sa femme Audrey (M. Fugain), la mère de ses deux petites filles, sa rencontre avec Mercedes (S. Desmarais), une jeune étudiante francophone, le fait basculer dans une relation passionnée.

Pour la première fois, le réalisateur de Camion, propose un film de commande écrit par Celeste Parr dans une histoire où la langue anglaise est majoritaire, pourtant portée par des acteurs francophones (à l’exception d’Andréas Apergis) dans un Montréal littéraire.

Spartacus et Cassandra d’Ioanis Nuguet
Documentaire

France
1h21

Deux enfants roms sont recueillis par une jeune trapéziste dans un chapiteau à la périphérie de Paris. Un havre de paix fragile pour ces enfants de treize et dix ans, déchirés entre le nouveau destin qui s’offre à eux et leurs parents vivant dans la rue.

« A un an je marchais…à trois ans mon père était en prison…à quatre ans, je faisais la manche avec ma sœur…à sept ans je suis arrivé en France…à neuf ans j’ai rencontré Camille…à treize ans on m’a fait quitter mon père ».

Un petit cirque implanté dans un bidonville de la banlieue parisienne (93). Des enfants jouent au ballon, marchent sur un fil, s’amusent… Caméra à l’épaule, le réalisateur les suit dans les relations difficiles et dans les altercations avec leurs parents. Le père alcoolique et violent, la mère, névrosée et battue en permanence par son mari sont incapables de subvenir à leurs besoins.

Ce documentaire présente l’univers particulier d’enfants roms, écartelés entre un avenir prometteur et un présent en marge de la société. Un portrait réaliste sur une communauté déracinée à la recherche d’un El Dorado !

Réalité de Quentin Dupieux
Avec Jonhatan Lambert, Alain Chabat, Élodie Bouchez, Jon Heder, Eric Wareheim, Roxane Mesquida, John Glover et Kyla Kenedy.

France
1h27

Une petite fille de huit ans, Réalité (R. Mesquida), trouve une mystérieuse cassette vidéo. Son envie de la visionner tourne à l’obsession. Denis (J. Heder), un présentateur de télévision ringard, perd subitement confiance en lui à cause d’une maladie de peau imaginaire. Il développe un sentiment de persécution et perd rapidement tous ses repères. Jason (A. Chabat), un cinéaste raté, parvient à convaincre Bob (J. Lambert), un producteur véreux, de financer son premier film d’horreur. Malgré les conseils de sa femme Alice (É. Bouchez), psychiatre, il perd progressivement les pédales et mélange ses rêves et la réalité.

Trois histoires, trois degrés de vérité. Ici, les récits et les personnages s’entremêlent pour donner un film brouillon et banal.

Manges tes morts de Jean-Charles Hue
Docu-fiction
Avec Jason François, Michaël Dauber et Frédéric Dorkel.

France
1h34

Jason Dorkel (J. François) a dix huit ans et fait partie des gens du voyage. Alors qu’il s’apprête à célébrer son baptême chrétien, il est heureux de retrouver Fred (F. Dorkel), son demi-frère qui vient de sortir après plusieurs années passées en prison. Quant à Mickael (M. Dauber), il est imprévisible et les entraîne dans une spirale de violence.

Depuis dix ans le réalisateur suit le gitan dans ses pérégrinations. Courses en voiture, poursuites effrénées avec les policiers, barbecues arrosés, rassemblements évangélistes et bagarres à mains nues sur les terrains vagues de l’Oise. Au sortir de quinze ans de prison, le mauvais fils devient une menace pour sa communauté et la bête noire de son père.

L’amour au temps de la guerre civile de Rodrigue Jean
Avec Alexandre Landry, Jean-Simon Leduc, Simon Lefebvre, Catherine-Audrey Lachapelle et Ana Christina Alva.

Québec
2 heures

amour guerreAlex (A. Landry) et Bruno (J-S. Leduc) sont des jeunes toxicomanes en quête d’absolu qui se prostitue dans le quartier Centre-Sud de Montréal. Otages d’une société qui les exclue et les enferme dans son implacable logique marchande, ils sont les anges déchus d’une époque violente et sombre.

Le réalisateur (Yellowknife, Lost Song, Full Blast) porte à l’écran, dans une fiction sans censure, l’univers de son documentaire Hommes à louer. Celle-ci montre des personnages englués dans une spirale où drogue, itinérance et prostitution sont maîtresses. La révélation du film Gabrielle est l’acteur principal de ce long métrage. Quant à Jean-Simon Leduc, sa subtile interprétation est un mélange de détresse à fleur de peau et de lucidité face à sa condition.

Le Militaire de Noël Mitrani
Avec Laurent Lucas, Noémie Godin-Vigneault, Larry Day, Harry Standjofski, Guy Vaillancourt et Pierre Limoges.

Québec
1h20

Un ancien militaire français (L. Lucas), qui a combattu en Afghanistan, s’est retiré dans sa maison à Montréal. Lors de ses sorties, il entretient une relation particulière avec les femmes.

Le réalisateur (Sur la trace d’Igor Rizzi, The Kate Logan Affair) présente une oeuvre radicale sur la solitude et les traumatismes tant physiques que mentales des anciens combattants.

Un rôle puissant pour son acteur de prédilection, Laurent Lucas qui incarne un homme psychologiquement fragile, boiteux, fétichiste et voyeur. Ses petits rituels, ses approches de plus en plus audacieuses auprès des femmes, entraînent le spectateur dans un univers virtuel douloureux, reflet des sociétés modernes d’exclusion.

She’s lost control d’Anja Marquardt
Avec Brooke Bloom, Marc Menchaca, Dennis Boutsikaris, Laila Robins, Tobias Segal, Robert Longstreet, Roxanne Day, Ryan Homchick et Gregory Korostishevsky.

États-Unis
1h30

Célibataire, New-yorkaise, rêvant de pouvoir s’acheter un appartement qui ne serait pas que fonctionnel et d’avoir éventuellement un enfant un jour, Ronah (B. Bloom) mène pourtant une existence qui n’a rien de conventionnel. Étudiante en maîtrise de psychologie comportementale, sans grand contact avec le monde extérieur, elle travaille comme assistante sexuelle, aidant différents patients, selon les tempéraments et problèmes de chacun, à apprivoiser l’idée même d’intimité et surmonter leur handicap affectif. Calme, patiente et dévouée, elle se voit forcée de se remettre en question lorsqu’elle rencontre Johnny (M. Menchaca), un infirmier particulièrement sauvage.

Une forme particulière de thérapie allant jusqu’au sexe avec des patients perturbés. Les rencontres se font dans une chambre d’hôtel et présentent quatre cas, mais l’histoire s’attarde un peu plus sur Johnny qui a de la violence et de la paranoïa en lui.

Après avoir réalisé trois courts métrages, Harrow Island, Thanksgiving et Nine lives, la cinéaste aborde sa première œuvre, sur un sujet épineux, avec délicatesse.

Gente de bien de Franco Lolli
Avec Brayan Santamaria, Carlos Fernando Perez et Alejandra Borrejo.

Colombie
1h26

gente de bienÉric (B. Santamaria), dix ans, se retrouve à vivre du jour au lendemain avec son père Gabriel (C. Fernando Perez), qu’il connaît à peine. Maria Isabel (A. Borrejo), la femme pour laquelle l’homme travaille comme menuisier, décide de prendre l’enfant sous son aile, voyant qu’il a du mal à construire une relation avec son fils et à subvenir à leurs besoins.

Après deux courts métrages, Como todo el mundo et Rodri, le réalisateur, diplômé de la Fémis en 2007, signe son premier long métrage tourné en 2013 à Bogotá. Il montre de façon naturelle les différences sociales et les comportements qui en découlent.

Les personnages sont profonds et même s’ils ne prennent pas toujours les bonnes décisions et/ou ne font pas les bonnes actions aux bons moments, ils restent néanmoins magnanimes, ce qui leur vaut une grande part d’indulgence.

Film simple dans sa construction et honnête dans sa démarche empathique. La séquence finale en est la preuve.

Sélectionné à la  Semaine de la Critique, Cannes 2014

Love projet de Carole Laure
Avec Benoit McGinnis, Céline Bonnier, Natacha Filiatrault, Magalie Lépine-Blondeau, Éric Robidoux, Tomas Furey, Alice Morel-Michaud, Louise Latraverse, Charles-William Ross, Benoît Lachambre, Louise Bombardier, Victoria Diamond, Pascale Buissières et Roger La Rue.

Touga (C. Bonnier) supervise les répétitions de sa prochaine création, qui mêle danse et chant. Petit à petit, avec ce projet, la génération Y commence à rêver, à espérer…

Québec
1h43

love projetDes artistes, entre vingt et trente ans, se côtoient lors de répétitions. Alex (B. McGinnis) fait l’impossible pour prendre soin de son père. Il est toujours amoureux de Louise (M. Lépine-Blondeau), son  ancienne blonde. Cette dernière tente d’aider une jeune adolescente (A. Morel-Michaud) à problèmes. Marc (É. Robidoux) cumule les aventures sans lendemain. Eliott (T. Furey) ne vit que pour sa musique. De son côté, Julie (N. Filiatrault) délaisse son fils Diamond () pour ses spectacles nocturnes, ses séances chez la psychologue  (L. Latraverse) et son mode de vie singulier. Ensemble, ils finiront peut-être par se comprendre et par s’aider…

L‘angoisse, l’amour l’amitié et les options de vie (préoccupations) face à l’avenir, chez les jeunes adultes, sont des sujets particulièrement développés cette année dans le cinéma québécois sous diverses formes et avec des contenus différents.

Dans ce drame musical, dont Lewis Furey a composé avec succès la trame sonore, le spectacle multidisciplinaire (chants, musique, danse contemporaine) est une métaphore voulue et importante qui renvoie aux choix que les personnages doivent faire dans leurs existences.

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