Jusqu’au 18 octobre 2015

Le musée des beaux-arts de Montréal présente Métamorphoses, dans le secret de l’atelier de Rodin.
Par Corinne Bénichou
Imaginée et mise en tournée aux États-Unis par le musée des beaux-arts de Montréal en collaboration avec le musée Rodin de Paris, cette exposition réunit près de trois cents œuvres en plâtre, en marbre et en bronze.
C‘est la plus importante consacrée à ce sculpteur au Canada dont certains chefs-d’œuvre (tels que le Penseur et L’Homme qui marche) sont montrés pour la première fois en Amérique du Nord.
Auguste Rodin
Né à Paris dans un milieu modeste (1840-1917), il reçoit une formation de sculpteur ornemaniste avant d’intégrer les ateliers d’artistes en vue sous le Second Empire, au premier rang desquels figure le néo baroque Carrier-Belleuse.
Au service des autres pour des travaux ingrats, il lui faut attendre la fin des années 1870 et la révélation de son Âge d’airain pour être découvert par la critique.
De grandes commandes publiques, notamment le projet dantesque de La Porte de l’Enfer (1880), destinée à un musée des arts décoratifs de Paris, lui permettent de s’affranchir, souvent dans une aura de scandale. Si cette commande est finalement annulée, le peuple qui la compose s’en échappe pour devenir un lexique de formes que l’artiste recycle, transforme et métamorphose sans fin.
Son génie s’impose en France comme à l’international en 1900, lorsqu’il est invité à présenter, en marge de l’Exposition universelle dans la capitale parisienne, une rétrospective révolutionnaire de son œuvre au pavillon de l’Alma. Le 20e siècle naissant reconnaît alors en lui un créateur incontournable. Depuis, il est collectionné avec passion en France, en Allemagne, en Angleterre, aux États-Unis et au Canada.
«Nous sommes des ouvriers dont la journée ne finit jamais.» Auguste Rodin
La main de Dieu
Marbre du Metropolitan Museum à New York, où les doigts du démiurge s’extraient de la matière inerte comme pour enfanter le premier couple de l’humanité, introduit à cette réflexion sur l’atelier. Rodin réfléchit sur la puissance évocatrice de la main créatrice qui fait naître, caresse, menace ou détruit les modèles à peine éclos. Il transforme la matière, modèle, donne force et vie aux figures.
Le plâtre, un univers rodinien
Qui dit moulage dit possibilités de répétition, fragmentation, assemblage, agrandissement à l’infini, autant de techniques usuelles et périphériques dans les pratiques d’atelier que l’homme connaissait déjà mais qu’il place au cœur de son processus créatif, laissant place au hasard, à l’intuition, à l’expérimentation et à l’étude suivant un principe de création continu inédit.
Pour ce travail de germination et de répétition, le matériau fondamental reste le plâtre qu’il exploite désormais davantage. Ce processus de maturation devenant la colonne vertébrale de son œuvre.
Marbres et praticiens
Rodin semble n’avoir pris qu’exceptionnellement les outils mais contrôlait attentivement l’exécution, par les praticiens responsables, de la transposition de ses sculptures dans la pierre. Patron exigeant, il savait reconnaître les qualités de ses meilleurs élèves et amis comme Desbois et Bourdelle. Il confiait ses maquettes au ciseau entraîné de très bons sculpteurs
qui travaillaient dans son atelier pour compléter leurs revenus, dont les noms oubliés méritent d’être soulignés, comme Jean Escoula.
Rodin et ses modèles
La question du modèle est inséparable de la réflexion sur ce qui se joue dans l’atelier comme lieu de vie et d’élaboration artistique. Rodin écrit sur un dessin «Comment décrire cette chair qui me rend si attentif ? » Une de ses activités
privilégiées consiste à travailler avec des modèles vivants, libres
de circuler, sans pose académique. Il exécute d’abondants croquis au crayon sans même regarder la feuille, en se concentrant sur la captation d’une attitude ou d’un détail.
Bronzes et fondeurs
Medium fondamental dans la carrière de tout sculpteur à la fin du 19e siècle (il existe alors six cents fonderies en France), Rodin est inspiré par la richesse de ses effets et son potentiel commercial. Il collabore avec de nombreux fondeurs tout au long de sa carrière, les plus importants étant sans doute Barbedienne, Perzinka et François, puis Eugène Rudier. Réunir les exemples du travail de ces artisans met en valeur la pluralité des savoirs et des expériences au service de sa vision.
C’est l’occasion de regarder autrement certaines œuvres parmi les plus célèbres du Maître : L’Âge d’airain, Le Baiser, L’Éternel Printemps, sous un angle technique, éditions ancienne et récente, chef-modèle, fonte au sable…
Selon la directrice du Musée Rodin à Paris Catherine Chevillot, Rodin utilisait tout ce qui lui tombait sous la main, branchettes, coquilles d’œuf, journaux, briques. « Il nous emmène beaucoup plus loin, vers une pratique de bricolage que n’aurait pas renié Picasso. »
À voir absolument.
Un livre d’art exceptionnel
Placé sous la direction de Nathalie Bondil avec Sophie Biass-Fabiani, vous pourrez vous procurer, à la boutique-librairie, le catalogue qui comporte plus de quatre cent soixante-quinze illustrations, comprend des essais de spécialistes et une riche anthologie de témoignages d’époque.
Jusqu’au 31 août, le Jardin de sculptures se transforme en labyrinthe. Profitez de cette installation pour le (re)découvrir.
Les promeneurs sont invités à traverser un labyrinthe qui habille l’avenue, devenue piétonne durant l’été, pour une quatrième année consécutive.
Les visites guidées incluent le droit d’entrée aux collections.
Mardi et vendredi : 14 heures – anglais, 14 h 30 – français
Dimanche : 14 h 30 – français et anglais
Musée des beaux-arts
1380, Sherbrooke Ouest
Montréal
(514) 285-2000
www.mbam.qc.ca