Frantz de François Ozon

Avec Pierre Niney et Paula Beer, Ernst Stötzner, Marie Gruber, Johann von Bülow, Anton von Lucke, Cyrielle Clair, Alice de Lencquesaing, Adolf Ralf Dittrich et Gustav Michael Witte.

frantzAu lendemain de la Grande Guerre (1914-1918), dans une petite ville allemande, Anna (P. Beer) se rend chaque jour sur la tombe de son fiancé, mort en France. Mais un jour, Adrien (P. Niney), un jeune Français, vient aussi se recueillir sur la tombe de Frantz (). Cette présence, à la suite de la défaite allemande, va provoquer des réactions passionnelles dans la ville.

Durée : 1h57
Distribution : Métropole Films
En salles depuis le 7 Avril 2017

Par Corinne Bénichou

Le réalisateur aux dix sept longs métrages dont 8 femmes, Potiche, Une nouvelle amie et Dans la Maison, s’aventure, pour la première fois, dans une reprise s’inspirant de Broken Lullabies d’Ernst Lubitsch (1932), adaptation de la pièce de Maurice Rostand, L’homme que j’ai tué. Il y évoque le traumatisme de guerre en proposant le point de vue allemand en tant que réalisateur français versus celui de Lubitsch, qui présentait le point de vue français en tant que réalisateur allemand.

Allemagne 1919, dans la ville de Quedlinbourg, les images en noir et blanc, montrent, un an après la fin de la Grande Guerre, une jeune femme en deuil de son fiancé mort au combat et un jeune homme dévasté par l’épreuve. Leur rencontre se fera au cimetière. Leur souffrance respective est palpable, leur tristesse latente et le vide laissé aux vivants également, sans oublier la haine et l’amertume de la défaite face aux Français.

Leur parcours, du printemps à l’automne, les amènent ensuite en France, d’abord à Paris puis aux alentours de Saulieu en Côte d’Or. Entre ces deux périodes, la musique au violon et les souvenirs transformés et colorés accompagnent les mensonges (lui, au départ, par compassion pour les Hoffmeister, dont c’était l’unique enfant et elle, ensuite, par protection pour ces vieux parents.

Les intentions équivoques d’Adrien Rivoire, ce mystérieux visiteur, interprété par un Pierre Niney, à la fois sobre et sensible, dont la douleur est réelle et qui doit la vérité à cette famille, plane de façon subtile à l’écran, loin d’un discours moraliste et pénible. Sa partenaire, Paula Beer, sous les traits d’Anna, est d’une dignité sans faille. Son sens du pardon lui procure une belle grandeur d’âme.

Le cinéaste a voulu aussi mettre les arts à l’honneur, comme un baume sur le chagrin, avec le tableau, Le Suicidé, de Manet et la poésie de Verlaine.

Pascal Marti, lui, a reçu le César mérité de la meilleure photographie.

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