Cet essai est le résultat de six séjours réalisés entre 2006 et 2016. Il renferme des réflexions personnelles, des paroles de femmes, des voyageuses des siècles passés aux auteurs contemporains et autres résidentes de la région.
Par Corinne Bénichou
Chantal Ringuet invite le lecteur à déambuler de Jérusalem à la Mer morte, d’Eilat à Petra sans oublier, Tel-Aviv, Ramallah et Bethléem. Ici des sujets aussi diversifiés que le mur de séparation, la Green Line, les résurgences du conflit, le sexe dans la Terre sainte, la perception des corps féminins, le yiddish, l’hébreu, l’héritage de la Shoah et la fragilité de la mémoire.
L’auteur, spécialiste de la littérature yiddish, révèle les actions et réactions tant des Israéliens que des Palestiniens dans ce pays aux multiples facettes mal connues, quelquefois de façon partisane. Ce qui est étonnant étant donné son parcours. En effet, à son actif, la traductrice montréalaise a plusieurs recueils de poésie qui lui ont valu, en 2009, le prix littéraire Jacques-Poirier et des livres sur le Montréal yiddish. Elle a également codirigé, avec Gérard Rabinovitch, un ouvrage collectif dédié à Léonard Cohen et traduit, avec l’historien Pierre Anctil, du yiddish au français, l’autobiographie du célèbre peintre Marc Chagall.
Malgré tout, elle va au-delà des manchettes médiatiques simplistes et biaisées sur le Proche-Orient et son conflit centenaire des plus complexes, en rencontrant de grands écrivains, des femmes juives et musulmanes, religieuses ou laïques, des personnalités spirituelles du judaïsme, de l’islam et du christianisme renversant ainsi une image tenace et stéréotypée véhiculée par les media occidentaux.
Par contre, en entrevue, la demoiselle est plus nuancée, elle ose défendre la position délicate d’Israël, tout en soutenant la demande palestinienne :
« Bon nombre de gens expriment haut et fort leur opinion sur le conflit israélo-palestinien sans avoir une connaissance minimale de son histoire et de ses enjeux réels. Ce qui me choque dans ce type de discours, ce n’est pas l’appui à la Palestine et à la création d’un État palestinien, que je partage, mais la perception très négative d’Israël que certains tentent d’alimenter, au point de ‘démoniser’ ce pays. Israël est le méchant et les Palestiniens la victime. La problématique de la désinformation relative à ce conflit, qui, à mon avis, est extrêmement importante, est rarement abordée. » Elle ajoute « Je déplore que beaucoup de personnes, au Québec, aient une image dénaturée d’Israël et une vision binaire du conflit. »
Publié chez Linda Leith Édition