Jusqu’au 15 mars 2015
Le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) présente l’exposition du chef de file du mouvement Pop art américain, Andy Warhol a vu ses oeuvres largement médiatisées tout comme sa propre image. Au-delà de cette importante médiatisation dont il fut l’objet, qu’en est-il de ce génie publicitaire, de sa capacité à créer une affiche pour vendre un produit, une cause ou un évènement ?
Par Corinne Bénichou
Le collectionneur et historien de l’art montréalais, Paul Maréchal, révèle une autre facette de la démarche du créateur en matière de design graphique. Sa passion l’a amené à réunir cinquante deux affiches (certaines sont en quantité limitée, entre cent et trois cents) et près d’un millier d’illustrations contenues dans plus de quatre cents magazines dont les couvertures du Nouvel Observateur, du New York Times, de Libération, entre autres et les fameuses ampoules (octobre 1961) en pages intérieures de Mademoiselle.
L’artiste honoré a entrepris sa carrière comme illustrateur, travaillant surtout pour des magazines de mode. Il a aussi créé soixante cinq pochettes de disques, quarante cinq couvertures de livres, des publicités de parfums, des cartes de Noël et fait des vitrines pour Bonwit Teller.
Rares étaient les galeries new-yorkaises qui exposaient les jeunes artistes dans les années 50. Le graphisme leur offrait donc une plus grande stabilité financière et les libérait de l’incertitude liée à la vie d’artiste peintre. À la fin de ces années, la photographie a supplanté l’illustration. Warhol a d’ailleurs très bien résumé la situation « À mes débuts, l’art était en plein déclin. Les illustrateurs de magazines et de pages couvertures commençaient à être remplacés par les photographes. Quand on a fait appel aux photographes, je me suis mis à exposer en galerie. »
Il est donc passé de l’illustration à la peinture, dans les années 60, pour deux facteurs, la crise générée par la chute dramatique des profits des magazines et le nouvel engouement pour le photojournalisme qui, aux yeux des directeurs artistiques, traduisait plus objectivement l’émotion. De ce fait, l’illustration a été davantage associée aux galeries et aux musées. L’homme a dû réévaluer sa propre pratique artistique et s’est alors servi de la photo pour réaliser ses tableaux avec le résultat que l’on connaît. La série des boîtes de soupe Campbell’s n’est-elle pas l’exemple flagrant de sa transition entre graphisme et peinture ?
Très peu de gens ont réalisé à ce jour que, pendant les quatorze premières années de sa carrière (1949-1963), Warhol a travaillé en étroite collaboration avec des directeurs artistiques légendaires, formant un véritable Who’s Who en matière de design graphique comme Alexander Liberman (Vogue, Glamour), Bradbury Thompson (Mademoiselle), Robert M. Jones et Jim Flora (Park East), Alexey Brodovitch (Harper’s Bazaar), Henry Wolf (Esquire), Cipe Pineles (Seventeen) et Otto Storch (McCall’s). De Brodovitch, il a appris l’art de la composition harmonieuse, de Storch, l’intégration du lettrage à l’image et de Thompson, la création d’un fort impact visuel. Ils ont été autant de professeurs, qui lui ont appris ce que Carnegie Tech (d’où il obtint un baccalauréat en beaux arts, spécialisé en conception picturale) ne pouvait lui enseigner. Note importante, la très grande majorité de ces directeurs artistiques étaient d’origine européenne.
New York, 27 septembre 1977, cinquante copies ont été créées pour un soir afin de couvrir un des murs de La Factory, boite de nuit dans laquelle les Rolling Stones se produisaient pour le lancement de l’album Love You Live, leur dernier double 33 tours. Pour l’occasion, des polaroïds ont été pris au cours de cette ‘séance mordante’, allusion à un événement dramatique survenu cinq ans plus tôt, l’écrasement d’avion en Uruguay, le 13 octobre 1972.
Une exposition avait déjà honoré le Monsieur en 2008 sous le titre La musique et la danse dans l’oeuvre d’Andy Warhol
L’une de ses qualités fondamentales en tant qu’artiste était sa capacité d’être stimulé par le défi d’une commande pour créer une oeuvre d’art qui transcende l’aspect utilitaire. Aucun sujet n’était à son épreuve ! Il a d’ailleurs continué à illustrer pour les magazines jusqu’en 1987 comme le démontre cette exposition.
Cet emblématique personnage, le plus connu de sa génération, renoue ainsi avec la grande tradition des maîtres de l’affiche que furent Toulouse-Lautrec et Jules Chéret.
Musée des beaux-arts
1380, Sherbrooke Ouest
Montréal
(514) 285-2000
www.mbam.qc.ca