Cent soixante-dix-huit films de cinquante-deux pays dont quatre-vingt-treize (co)réalisés par des femmes pour la quarante-quatrième saison. Philippe Katerine, Wajdi Mouawad, Gustavo Dudamel, Amadou et Mariam, Patrice Vermette, André-Line Beauparlant, Robert Morin, Marlene Millar et bien d’autres encore !
Par Corinne Bénichou
Du 12 au 22 mars 2026 en salle et du 20 au 29 mars en ligne à Montréal et à Québec. Pendant dix jours, vous découvrirez soixante longs métrages canadiens, quarante et une premières mondiales, vingt-sept premières canadiennes, vingt-trois œuvres en compétition internationale et dix-sept en compétition nationale . Outre cette programmation d’exception, le festival accueillera la grande communauté des arts et de la culture à venir discuter de leurs enjeux de diffusion et de création pendant le FIFA Connexions. Où en sont les marchés du documentaire ? Quels nouveaux modèles économiques pour la culture ? Comment faire circuler les œuvres au-delà des frontières ? Quelle place pour l’art comme vecteur de sens et de rassemblement ? Autant de questions brûlantes qui seront abordées par plus de six cents professionnel(le)s qui échangeront dans le cadre de présentations, de panels de discussion, conférences, ateliers pour la plupart en entrée libre.
Des événements culturels gratuits seront présentés dans des espaces de diffusion inédits comme les projections extérieures à la place du village en collaboration avec l’arrondissement Ville-Marie, au centre Sanaaq qui accueillera la nouvelle section FIFA Classiques ainsi que plusieurs autres projections et discussions autour de la danse.
Jeudi 12 mars à 19 heures, cette édition ouvrira avec Mon amour : c’est pour le restant de mes jours d’André-Line Beauparlant en première mondiale et en présence de la réalisatrice, de Robert Morin et de l’équipe du film.
Vendredi 13 mars, il sera également en ouverture du festival à Québec dans les mêmes conditions.
Un seul mot d’ordre, l’excellence cinématographique. Un rapport au réel sublimé. L’intimité partagée. Chaque film en compétition est un rendez-vous. Précédemment sélectionnés dans des festivals tels que la Berlinale, Sundance, le TIFF, ou encore Locarno, ils méritent tous votre attention comme My Armenian Phantom de Tamara Stepanyan, Fantastique de Marjolijn Prins ou Viktor d’Olivier Sarbil. Il y a aussi ceux qui sont présentés en première mondiale, à l’image de la
réalisatrice iranienne Maryam Shapoorian avec Ça reste entre nous qui illustre la volonté d’opérer comme une vigie du cinéma de demain à l’écoute des nouvelles voix à qui s’inscrivent dans un monde où les dynamiques de pouvoir transparaissent aujourd’hui plus que jamais. Insomnia de Firas Shehadeh, sur la question de l’agentivité* des peuples opprimés ou le documentaire Elephants & Squirrels de Gregor Braendli sur les enjeux de restitution, ne sont que quelques témoins.
Dans la catégorie courts métrages en compétition internationale, découvrez la méditation sensible sur la mémoire et la transmission artistique avec And Now I Understand What I Knew When I Was a Child de Roman Chalupnik et Lucas Vossoughi, une exploration
onirique du désir féminin dans Arqueología del deseo lesbico de Camille Zéhenne, le collage ludique et subversif Everyone Deserves a Slice of the Pie de Sasha Pirker, un hommage aux pionnières du cinéma. Voyagez de Copacabana à Charleroi avec Filme-Copacabana de Sofia Leão et Winter of Machines de Jan Locus, imaginez l’architecture du futur dans Lavaforming de Sukanya Mukherjee et Arnar Skarphéðinsson.
Du côté national, laissez-vous porter par la puissance chorégraphique de Derek Branscombe pour Les mêmes yeux que toi, la résistance environnementale dans Lifeline de Morgan Pinnock et l’élan techno-poétique de Comme un écho de Chélanie Beaudin-Quintin.
Reconnus par la critique et le public tant pour leur créativité, leur parcours professionnel que leur rayonnement sur les scènes canadiennes et internationales, voici les membres des prestigieux jurys :
La compétition internationale longs métrages est composée de Deborah Gabinetti, directrice générale du Bali Film Center et fondatrice du Balinale (Bali International Film Festival) en Indonésie, Fabrizio Zappi, directeur Culture et Éducation à la Rai en Italie, Olivier Côté, cinéaste de montréalais, Sonia Prior Gomez, responsable de la production audiovisuelle et de la gestion numérique au musée du Prado en Espagne et Elizabeth Markevich, fondatrice d’IkonoTV à Berlin en Allemagne.
La compétition internationale courts métrages est composée de Loránd János, fondateur et directeur de Choreoscope, le Barcelona Dance Film Festival en Espagne, Anne-Lise Rosier, directrice des projets et partenariats stratégiques et responsable des programmes Villa Créative et Villa Naturalité à la fondation Avignon université en France et Eve Tagny, artiste basée à Montréal.
La compétition nationale est composée de Moridja Kitenge Banza, artiste basé à Montréal, Max Beckham Ortner, secrétaire général de l’IMZ International Music + Media Centre à Vienne en Autriche et Antoine Leonetti, directeur et programmateur du Barcelona FIRE!! LGBT Film Festival en Espagne.
Huit prix seront décernés par les jurys : le grand prix, le prix du jury, le prix du meilleur essai, le prix du meilleur portrait, le prix du meilleur court métrage, le prix de la meilleure œuvre canadienne et le prix du meilleur court métrage canadien. Le prix hommage sera remis à Jacinthe Brisebois.
Convaincu que l’art est un catalyseur puissant permettant à chacun(e) de s’engager dans la construction du monde de demain, Le festival met de l’avant, cette année, des films qui cultivent l’art comme une ouverture d’esprit, qui marient pratiques artistiques et convictions, qui illustrent autant les reliefs des cultures à venir que les racines des origines communes.
Le cinéma d’art : Programmations exclusives de la Tate (Londres), du musée Reina Sofia (Madrid) et du National Gallery (Singapour)ainsi que l’Avant-garde.
Les cartes blanches dépassent toutes les attentes avec des commissaires internationaux de très haut calibre : Valentine Umansky, commissaire et autrice, en poste à la Tate de Londres, propose des oeuvres issues de la collection d’Emile Stipp, collectionneur d’art contemporain, soutien aux artistes africains et de la diaspora depuis l’Afrique du Sud et l’Angleterre. Il a siégé pendant dix ans au comité d’acquisition d’art africain de la Tate Modern. Il a ensuite fait don d’une partie de sa collection au musée. Cette carte blanche présente un ensemble des travaux issus de cette donation fondatrice.
Chema González, responsable du département Film & Nouveaux Media au musée Reina Sofía (Madrid), présentera Frente a Guernica de Yervant Gianikian et Angela Ricci Lucchi. Comment Guernica de Picasso peut-il être représenté au cinéma ? Comment une œuvre en images animées peut-elle répondre au statut iconique de ce tableau et à sa représentation du massacre et de la violence dans l’après-fascisme ? Cette fresque est également, de par son échelle, sa palette en noir et blanc et son sens de la séquentialité, une véritable réponse picturale à l’écran. Picasso entretenait un dialogue constant avec Esfir Shub, Roman Karmen et Luis Buñuel et, à la suite de ce travail, avec Yervant Gianikian et Angela Ricci Lucchi.
Pauline Soh, directrice principale des programmes curatoriaux au sein de la National Gallery (Singapour), présentera un programme de six œuvres d’artistes et cinéastes contemporains d’Asie du Sud-Est explorant des manières alternatives et non linéaires afin de comprendre et de se relier aux êtres non-humains et à l’environnement par le cinéma. Leurs démarches visent à témoigner et à redonner de la puissance et de l’autonomie aux entités naturelles et surnaturelles.
Mireia Gubern et Carmen Cruañas de CaixaForum+ (Barcelone) présenteront Omega Wants to Dance, réalisé par Ramon Tort. Le film est particulièrement marquant par la diversité et les voix exceptionnelles qu’il rassemble. De la puissance expressive de l’icône
du flamenco Sara Baras à la perspective cosmique du prix Nobel Didier Queloz, en passant par les réflexions profondes du penseur européen du théâtre Roberto Fratini et de la docteure Luján Comas, le documentaire compose un autoportrait riche et multidimensionnel de l’humanité par le biais du corps et de ses danses.
Avant-garde est une section hors compétition et sur invitation. Élaborée par Eunice Bélidor, commissaire en arts visuels et auteure montréalaise, cette sélection met de l’avant
des explorations artistiques via plusieurs supports. Sous le prisme du mouvement ayant marqué l’avènement des pratiques contemporaines et actuelles, des films novateurs et expérimentaux seront présentés. Ils mélangeront les disciplines et proposeront des pratiques artistiques et cinématographiques qui repoussent les limites et défient les conventions établies.
Cette année, l’Espagne s’est imposé dans la programmation par la force de ses productions. Portrait de l’architecte Enric Miralles récompensé d’un Lion d’or à la Biennale d’architecture de Venise (Italie). Farruquito: A Flamenco Dynasty porte sur un immense talent de cette expression artistique ou encore The Designer is Dead, documentaire retraçant le parcours d’un des créateurs de mode les plus doués de sa génération. C’est un pays pluriel et contemporain qui est raconté à travers ces présentations.
Également déployé à travers des cartes blanches portées par des institutions majeures et la présence d’invité(e)s issu(e)s du monde muséal et festivalier, ce focus met en relation différents contextes de diffusions et de regards curatoriaux. Il propose une traversée ancrée dans des pratiques concrètes où se rencontrent cinéma, histoire de l’art et créations espagnoles.
La danse a, au fil des années, une place de choix. C’est à ce titre que La Nuit de la danse rassemble des films où le corps devient langage, surface de friction et point d’ancrage. Le
programme traverse gestes chorégraphiés, performances filmées et explorations hybrides, portées par des artistes dont Marlene Millar, Chélanie Beaudin-Quintin, Oleg Jiliba, Alain Fleischer, Mary-Lee Brunet, Damien Bourletsis, Andrew Margetson, Alla Kovgan & Annie-B Parson, Ali Kenner Brodsky entre autres.
And me, I’m dancing too de Mohammad Valizadegan
Changer de perspective sur l’histoire de l’art et sur celles et ceux qui la façonnent demeure essentiel. Encore une fois, de nombreuses œuvres sont portées par des réalisatrices et par des récits qui déplacent le regard, qu’il s’agisse de redonner voix à des figures invisibles ou de revisiter les grands noms du patrimoine culturel. Dans Emily: I Am Kam, Danielle MacLean célèbre l’héritage d’une immense artiste aborigène australienne, en ancrant son œuvre dans la transmission, la terre et les
cérémonies des femmes d’Alhalker. Avec How to Build a Library, Maia Lekow coréalise le portrait inspirant de deux femmes kényanes qui entreprennent de décoloniser une bibliothèque autrefois réservée aux personnes blanches, transformant un lieu de mémoire en un espace d’émancipation. Instinct, coréalisé par Andrés Varela, explore, quant à lui, la
création théâtrale autour de l’instinct maternel, de l’avortement et du handicap, faisant du plateau un territoire de résistance. Le théâtre vu par le cinéma sera également présent à travers Scarabée d’or, documentaire plongeant dans le processus créatif de Wajdi Mouawad. Claude McKay, errances d’un poète révolté ou Arthur Rimbaud, six mois en enfer revisitent des figures littéraires sous un angle contemporain. Autant d’œuvres qui interrogent les récits dominants et réaffirment le pouvoir transformateur de l’art.
Forêts habitées, vieillesse attentive, pratiques artistiques au long cours, dérives urbaines animales, archives féministes et gestes de résistance, autant de fragments qui composent La Nuit du court. De la Géorgie à Los Angeles, des Îles-de-la-Madeleine au Sénégal, cette soirée spéciale explore les territoires intimes et politiques de la création. Avec Andro, portrait d’un(e) artiste queer défiant l’autoritarisme, Cara de bicicleta, hommage vibrant à la liberté des femmes ou Chanson de toile, qui tisse données numériques et mémoire médiévale, le court métrage devient espace d’invention et de prise de parole. La programmation fait dialoguer danse et deuil dans Les mêmes yeux que toi, art et territoire dans Lifeline,
restitution et héritage culturel dans Mbarodi, paysages et inspiration dans Madeleine. Entre animation, essai, performance et documentaire, cette nuit célèbre la vitalité du format et sa capacité à condenser, en quelques minutes, des mondes entiers.
Chansons de toile de Lydia Yakonowsky
Interroger l’espace comme lieu de mémoire, de pouvoir et de résistance. De l’iconique immeuble brésilien imaginé par Oscar Niemeyer dans Copan de Carine Wallauer, véritable microcosme politique où se rejouent les tensions démocratiques du pays, à la maison-musée iranienne de Ça reste entre nous de Maryam Shapoorian, qui devient le réceptacle intime des bouleversements de l’Histoire, l’architecture apparaît comme un organisme vivant, traversé par celles et ceux qui l’habitent. Avec Miralles, Maria Mauti explore l’œuvre
profondément humaine de l’architecte catalan, révélant une pensée architecturale attentive au passage du temps et à la fragilité de l’existence. Out of the Picture d’An.Ash Smolar questionne, quant à lui, l’effacement des femmes dans l’histoire de l’architecture et met en lumière les stratégies actuelles pour reconquérir visibilité et légitimité. Autant de films qui rappellent que construire, c’est toujours inscrire des choix politiques, sociaux et intimes dans la matière même des villes.
Patrice Vermette, concepteur artistique de renommée internationale (Oscar 2022 de la meilleure direction artistique pour son travail sur Dune de Denis Villeneuve) participera à une conversation professionnelle consacrée à l’architecture dite ‘brutaliste’ et à son interprétation cinématographique.
Cette édition met en lumière des artistes qui transgressent les cadres établis et redéfinissent les territoires de l’intime, du corps et de la représentation. Avec Jean Cocteau et Les Cahiers Adjani, le festival revisite des figures mythiques du cinéma et de la poésie, révélant la puissance d’archives et de regards contemporains pour éclairer leurs zones d’ombre et de création. Arthur Rimbaud, six mois en enfer prolonge cette
exploration en plongeant dans la jeunesse fulgurante du poète, entre révolte, désir et vertige. Les enjeux de genre et de désir traversent également la programmation : Archaeology of Lesbian Desire interroge les traces et les silences entourant l’histoire des amours lesbiennes, tandis que Andro et Husbandry examinent, chacun à leur manière, les constructions sociales du masculin et les rapports de pouvoir inscrits dans les corps. Avec Lip Sync, Heartbeat, le geste performatif devient terrain
d’expérimentation sensible où voix et pulsation se répondent. Le duo iconoclaste est célébré dans The Pilgrimage of Gilbert & George et Gilbert & George Daytripping Forever! portraits vibrants de ces artistes indissociables qui ont fait de leur vie une œuvre totale. Célébration de la liberté créatrice et des identités insoumises.
Côté musique, des artistes dont la voix et le geste résonnent bien au-delà de la scène seront célébrés. Avec Amadou et Mariam : Sons du Mali de Ryan Marley, le festival rend hommage au mythique duo dont la trajectoire lumineuse fait dialoguer traditions mandingues et pop internationale dans une ode vibrante à la transmission et à la création. Figure inclassable de la chanson française, T’es où Philippe Katerine ? de Gaëtan
Chataigner part à la rencontre d’un artiste insaisissable, entre fantaisie, poésie et liberté radicale. Le corps en mouvement est au cœur de The Way We Move de Nicolas Davenel et Vanessa Dumont qui explorent la danse comme langage universel et espace de communauté. Avec Song of the Hands mettant en lumière le travail du chef d’orchestre Gustavo Dudamel aux côtés de personnes sourdes ou malentendantes, la
musique devient tactile, révélant une autre manière de ressentir le rythme et la vibration. Présenté en première québécoise, Ai Weiwei’s Turandot de Maxim Derevianko suit l’artiste et dissident chinois dans sa relecture de l’opéra de Puccini à Rome, faisant de la scène lyrique un puissant manifeste pour la liberté d’expression.
www.placedesarts.com/evenement
https://lefifa.ticketpro.ca/fr
www.mnbaq.org/programmation/cinema/44e-edition-fifa
Lieux de diffusion à Montréal : Monument National, Cinémathèque québécoise, théâtre Outremont, cinéma du musée, à l’université Concordia, au Centre Canadien d’Architecture, au centre Sanaaq et à l’Office national du film.
Lieu de diffusion à Québec : Musée national des beaux-arts.
* capacité d’un individu à agir de manière intentionnelle, à prendre des décisions et à influencer son environnement, son propre comportement et son destin.