ARRQ 40e anniversaire (1974-2014)

arrq 40eL’Association des Réalisateurs et Réalisatrices du Québec (ARRQ)  regroupe plus de sept cents (700) professionnels œuvrant principalement en langue française et s’emploie à la défense des intérêts et des droits professionnels, économiques, culturels, sociaux et moraux de ses membres. Elle a pour mandat de représenter les réalisateurs en toute occasion et dans tout dossier.

Mot du Président

On peut dire que cela a vraiment commencé un soir glacial de novembre 1974, dans un local sombre, autour d’une table. Ils étaient cinq… Oui, je sais, ça sonne comme un titre de film. Ils étaient cinq membres du Conseil d’administration de l’Association des réalisateurs de films du Québec. En fait, ils étaient plus que ça au conseil mais, ce soir-là, ils étaient cinq…

Par Corinne Bénichou

Autour de la table, il y avait Jean Pierre Lefebvre, Jacques Leduc, Roger Frappier (réalisateur à cette époque), Jean Chabot et Jacques Gagné, que je remercie pour leur héritage. Douze ans que les cinéastes attendaient que le gouvernement du Québec se décide à encadrer le cinéma et financer les films comme il se doit. « On veut faire des films ! » qu’ils disaient. Alors ce soir-là, dans ce local sombre, en voilà un qui lance une idée folle « Est-ce qu’on occupe le Bureau de surveillance du cinéma ? » Un autre de rajouter « Bonne idée ! » J’embellis mais, après tout, c’était les années 70. On n’avait pas peur des idées folles.

Alors, ces cinq mousquetaires se sont retrouvés au Bureau de surveillance du cinéma et ils ont dit au directeur, André Guérin « On occupe ! » Guérin a souri. Il trouvait l’idée sympathique. Alors, il les a laissés là, puis il est parti. Nos cinq ont appelé les autres membres du Conseil, puis ils se sont retrouvés dix. Il y avait André Melançon, Marcel Carrière, Anik Dousseau, Jean Leclerc et Claude Jutra, que je remercie aussi pour leur héritage, où qu’ils soient, puis bientôt ils étaient vingt, puis trente… Denys Arcand, Mireille Dansereau, Gilles Carle, André Forcier, Bernard Gosselin et beaucoup d’autres que je remercie aussi.

Ceux-là ont appelé leurs amis comédiens, scénaristes, techniciens et bientôt ils étaient cent à dire « On veut faire des films ! » Pendant douze jours et onze nuits, ils ont occupé les bureaux à parler de cinéma, à en rêver, à en faire. Jean-Claude Labrecque était là, lui aussi, il filmait les Denise Filiatrault, Michel Tremblay, Jean Duceppe, Luce Guilbeault, Carole Laure, Michel Brault, des piliers de notre héritage culturel.

Au bout des douze jours, quand la police est venue expulser, ils avaient gagné. Six mois plus tard le gouvernement provincial créait la Loi 1 du cinéma et l’Institut québécois du cinéma, l’ancêtre de la SODEC.

Entrevue du président

Ces douze jours de solidarité syndicale et intersyndicale ont laissé un héritage pour tout le monde. Parce qu’après, ils en ont fait, des films et des très bons.

Mais il a quand même fallu continuer à occuper… Parce qu’à un moment donné, les réalisateurs ont regardé leurs contrats, puis ils ont dit « On veut payer notre loyer ! » On leur a répondu       « On vous a donné de l’argent pour faire des films, vous voulez pas être payés en plus ? »

Douze ans qu’il a fallu pour en arriver à un contrat type écrit par Denys Arcand et Iolande Cadrin-Rossignol, que je remercie pour leur héritage. Trois ans de plus pour en arriver à une entente collective signée par Alain Chartrand et François Labonté. Merci Alain. Merci François.

Pendant ce temps-là, les réalisateurs et réalisatrices de télévision disaient « On veut faire de la télé ! » Les cinéastes ont dit « Venez-vous en ! » Bientôt, ils étaient trois cents, puis cinq cents et eux aussi voulaient une entente collective, alors il a fallu occuper encore une fois. Occuper les tribunaux ! Avec au front François Côté et Pierre Paiement et notre procureur, Maître Clément Groleau. Dix-huit ans de lutte ardue pour obtenir cette première entente télévision. Dix-huit ans…

Aujourd’hui, l’ARRQ a quarante ans. Nous avons dépassé les sept cents membres, on sera peut-être bientôt mille. Parce qu’il y a les réalisateurs du Web qui disent « On veut faire du Web ! »

De cinq personnes avec une idée folle à bientôt mille… Que de chemin parcouru. Ensemble, il faut continuer d’occuper parce qu’après quarante ans, l’univers médiatique change à la vitesse grand V et les règles du jeu aussi. Alors, s’il y a une chose que je souhaite pouvoir laisser en héritage un jour, c’est qu’il ne soit plus nécessaire d’occuper les bureaux pour redéfinir les règles, mais qu’on nous invite à y entrer !

Gabriel Pelletier

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