Dans le cadre du Festival des Films du Monde (FFM) de Montréal, édition 2015, Regards sur la ville a vu quelques œuvres parmi les nombreux films proposés.
Par Corinne Bénichou
Muhamad de Maji Majidi
Avec Mahdi Pakdel, Sareh Bayat, Ra’na Azadivar et Mina SadatiIran.
Iran
2h51
Hors concours
Le regard de Mahomet (Mohamed) de sa naissance à l’âge de treize ans ans dans une époque païenne où cruauté, injustice et oppression règnent,
Construit comme un péplum mystique dans la lignée des Jésus de Nazareth, des Dix Commandements et autres films hollywoodiens des années cinquante, le film d’ouverture, dont la controverse est une tempête dans un verre d’eau, relate l’enfance et l’adolescence du prophète, sans jamais montrer son visage, toujours vêtu de blanc (représentant la pureté et l’innocence), ce qui le distingue des autres protagonistes.
Le long métrage décrit le parcours du jeune élu qui a instauré la troisième religion monothéiste. Les deux premières étant le judaïsme (pas mal égratigné sous les traits de Samuel entre autres) et le christianisme.
Qui suis-je après ton exil en moi de Marc Ruchmann
Avec Liraz Charhi et Ziad Bakri.
France
15 minutes
Regards sur les cinémas du monde
L’attraction de deux êtres contre le reste du monde. Dans un univers en conflit, malgré leurs différences fondamentales, ils s’aiment, envers et contre tous.
Ce court métrage de quinze minutes aborde à la fois un sujet universel tel que l’amour et très particulier comme la relation charnelle entre une Israélienne de confession juive et un Palestinien de religion musulmane.
Si la démarche est personnelle, elle n’est que l’illustration visuelle d’un poème de Mahmoud Darwich. Cette inspiration littéraire a offert au réalisateur l’opportunité de rester à hauteur humaine, ce qui rend le propos fort et touchant, car cette histoire se déroule en Israël, pays de contrastes.
Le couple, évoluant dans un système sociétal difficile, est conscient de l’enjeu de vivre leurs sentiments au grand jour et de surmonter le fossé et les préjugés entre les deux communautés.
Le réalisme (il ne pouvait en être autrement) de la situation et l’irrationnel des émotions, se côtoient dans cet échange.
Les dialogues (la dernière phrase est révélatrice), pour ceux qui comprennent l’hébreu et l’arabe, sont à écouter attentivement. Pour les personnes de langue française, les sous-titres sont à lire avec une grande attention. Ils sont au cœur de ce film.
Et maintenant, nous sommes en vie de Thibault Arbre
Avec Charles Lemaire, Victoria Oberli et Laure Haulet.
France/ Belgique
1h30
Regards sur les cinémas du monde
Comme le veut la tradition, le jour de ses vingt-cinq ans, Tom (C. Lemaire) doit choisir la femme de sa vie, au son de sa voix.
L’idée de base est originale et joue sur la candeur du personnage principal, mais le propos devient réaliste quand le jeune homme cherche sa future épouse. Le réalisateur met alors en scène l’anxiété du protagoniste sous forme de suspens.
Entre réalité et fantasme, la ligne est mince et l’image qu’on se fait de quelqu’un, selon sa voix, peut être trompeuse ou révélatrice. Il faut faire confiance à son instinct, c’est d’ailleurs la démarche du protagoniste. Dans ce sens, la superposition des deux visages quand il ferme les yeux est intéressante.
De plus, les lieux (tournage en Auvergne et à Paris) sont volontairement mêlés pour créer un endroit qui n’existe pas, volonté du cinéaste !
Le tuteur est aussi son alter égo, ayant vécu la même histoire, il offre à Tom, interprété avec justesse par Charles Lemaire, l’élan nécessaire afin de trouver sa voix. Expression qui comporte, ici, plusieurs niveaux.
Un film atypique qui prône l’idée de l’amour absolu avec une certaine fantaisie. Alors tout est possible comme la métaphore de la petite mort d’où le titre et cette histoire symbolique basée sur un quotidien ordinaire.
La conclusion ouvre sur deux interprétations. Le spectateur est libre de choisir celle qu’il préfère.
La reine garçon (The Girl King) de Mika Kaurismäki
Avec Malin Buska, Sarah Gadon, Michael Nyqvist, Hippolyte Girardot et François Arnaud.
Canada
1h42
Compétition mondiale
Prise entre ses aspirations politiques et personnelles, Christine de Suède (M. Buska) prend l’une des décisions les plus controversées de l’Histoire.
En mémoire de Hans Funck
Ce film historique montre une femme forte et avant-gardiste. Il évoque la passion mais aussi les devoirs d’une reine à l’époque où la Cour de Suède était francophone et francophile.
Dans cet esprit, Descartes joue un rôle important dans le cheminement cérébral de cette jeune femme élevée dès l’enfance comme un garçon.
Basé sur des faits réels, la chronologie a été habilement étudiée pour que les dix ans de règne paraissent une semaine et c’est réussi. La logistique a été également minutieusement respectée en ce qui concerne la vaisselle, les costumes et autres accessoires. Dans la même veine, la photographie glorifie les êtres, les vêtements, les objets et les lieux.
Parmi les nombreux personnages, Yoann est le seul dont l’écriture a été la plus libre par manque de documentation, mais le talent du scénariste, l’excellent Michel marc Bouchard, pallie astucieusement à cette carence.
Des jeux d’acteurs bien maîtrisés, à commencer par celui de Malin Buska et des références, tant politiques que religieuses, bien placées en font un long métrage au récit efficace et attrayant.
Pour en arriver au grand écran, tel qu’il a été proposé au festival, il a fallu passer par un long processus. Première rencontre de l’équipe en 2008 ! Par contre le tournage s’est fait en trente sept jours en décors naturels.
Prix d’interprétation pour Malin Buska.
Mes ennemis de Stéphane Géhami
Avec Louise Marleau, Frédéric Lemay, Hubert Proulx, Jean-François Casabonne, Étienne Pilon et Maxim Gaudette.
Canada
1h46
Compétition mondiale
Le destin de Cédric (F. Lemay), vingt-trois ans, en peine d’amour, croise celui d’Isabelle (L. Marleau) ancienne pianiste adulée, aujourd’hui à la dérive.
Ce film propose un voyage dans l’imaginaire d’un écrivain (évocation de Nelligan) ainsi que les déboires d’un jeune auteur atteint du syndrome de la page blanche. C’est sa rencontre avec Isabelle, que Louise Marleau interprète avec sincérité, qui l’inspire. Il lui fallait vivre cette expérience pour arriver à écrire son roman et s’affranchir de sa jeunesse. Ce qui lui permet de régler ses comptes avec son ancienne vie. Il ne sera plus jamais le même.
L’entourage marginal et meurtri du personnage féminin, le couple à la fois beau et fragile, les souvenirs de jeunesse, les gestes comme les réactions incompréhensibles des protagonistes, sans oublier la beauté de la jeunesse versus l’angoisse et la déchéance (tant physique que mentale) de la vieillesse, tendent tous vers la recherche de l’amour idéal, dans une ambiance plus théâtrale que cinématographique.
Le choix des musiques (Chopin, Schubert, Satie) dans les moments importants accentue l’émotion.
Ce mélodrame établit sur le mensonge, évolue entre parabole et vérité. Son titre représente la société dans sa globalité pour ce groupe de garçons vivant dans l’illusion.
Le scénariste/réalisateur/producteur de ce parent pauvre de l’industrie cinématographique, le cinéma d’auteur, a été aidé par ses acteurs en participant à leur niveau à la production, à faire de ce projet une réalité.
La Brabançonne de Vincent Bal
Avec Arthur Dupont, Fabrice Boutique, Liesa Naert, Tom Audenaert.
Belgique/Luxembourg
1h40
Hors concours
L’harmonie flamande Sainte-Cécile et l’harmonie wallonne En Avant sont sélectionnées pour représenter la Belgique à la finale européenne.
Cette comédie légère et sympathique s’amuse en musique du conflit entre flamants et wallons. Au passage, le réalisateur installe une histoire d’amour incertaine entre deux des protagonistes.
Un gros clin d’œil à Jacques Demy dans lequel tout est bien qui finit bien ensemble.