Avec Cynthia Nixon, Emma Bell, Jennifer Ehle, Rose Williams, Duncan Duff, Joanna Bacon et Keith Carradine.
Nouvelle-Angleterre, 19e siècle. Dans son pensionnat de jeunes filles de bonne famille, la jeune Emily Dickinson (E. Bell) ne cesse de se rebeller contre les discours évangéliques qui y sont professés. Son père (K. Carradine) se voit contraint de la ramener au domicile familial, pour le plus grand bonheur de sa soeur Vinnie (R. Williams/J. Ehle) et de son frère Austin (D. Duff). Passionnée de poésie, elle écrit nuit et jour dans l’espoir d’être publiée. Les années passent, Emily (C. Dixon) poursuit sa recherche de la quintessence poétique. La rencontre avec une jeune mondaine (J. May) indépendante et réfractaire aux conventions sociales ravive sa rébellion. Dès lors, elle n’hésite plus à s’opposer à quiconque voudrait lui dicter sa conduite.
Durée : 2h05
Distribution : TVA Films
En salles depuis le 5 mai 2017
Par Corinne Bénichou
Le scénariste/réalisateur (Sunset Sung, The Deep Blue Sea) présente ici un portrait touchant d’une artiste dont le succès n’a été que posthume. Bien que la poétesse américaine ait rédigé plus de deux mille écrits, seuls sept furent publiés de son vivant. Le cinéaste britannique démonte ainsi le mythe tenace selon lequel Emily Dickinson était névrosée et recluse. Son drame se penche sur sa vie et fait découvrir une femme drôle, à l’esprit indépendant, qui n’a rien perdu de sa verve au fil des années, tout en restant très proche de sa famille aimante malgré leurs divergences d’opinion. La maladie aura raison d’elle et de ses aspirations.
Cette biographie s’appuie autant sur la poésie de la demoiselle, que sur la photographie, avec ses contrastes de lumières et de couleurs, les décors et les costumes, mais surtout sur la prestation de l’actrice Cynthia Nixon, principalement connue du public pour son rôle de l’avocate Miranda dans la série Sex in the City. L’habituée de Broadway interprète son personnage, ses mauvais choix sentimentaux et ses douleurs familiales, de façon subtile et rigoureuse quand il le faut. En avance sur son temps, dans ses pensées comme dans ses actes, elle offre de savoureux dialogues, dont la formulation est un art et par lesquels les émotions sont transmises, symbolisant sa modernité tout en gardant l’aspect classique du récit.
La reconstitution des lieux et de l’époque, le soucis du détail, l’option des gros plans et d’une caméra lente accentuent, de belle manière, le lyrisme et la profondeur de l’histoire. Les transformations physiques des protagonistes (pour passer de la jeunesse à l’âge adulte) sont également très réussies. Quant à la narration évoquant les poèmes, elle ne fait que confirmer la force rédactionnelle et émotive de la dame.
En conclusion, les visages de Cynthia Nixon, puis d’Emma Bell laissent la place à celui de la vraie Emily Dickinson (1830-1886).