En prolongeant votre parcours, c’est Port-Vendres qui vous ouvrira les bras ! Cette ville existe depuis l’antiquité. Au départ, c’était une rade où de nombreux navigateurs (Grecs et Phéniciens) trouvaient refuge par mauvais temps pour une raison simple, la zone où elle se situe est une route commerciale fortement empruntée entre l’Orient et l’Occident.
Par Corinne Bénichou
Plusieurs visites guidées sont organisées par Laéticia Martinez, responsable du bureau d’informations touristiques, dont celle de l’Obélisque qui s’élève à plus de trente mètres et de son ensemble architectural réalisé à la demande du maréchal de Mailly, lieutenant général du Roussillon. « Plus royaliste que le roi, ce militaire veut mettre en place un lieu confirmant que vous êtes sur le territoire français tout en mettant en valeur son roi. Il va donc demander à l’architecte des lumières, monsieur de Wally de construire cet ensemble doté d’une place carrée délimitée par des échauguettes au centre, le
monument dont le premier socle est conçu en marbre rose de Villefranche-de-Conflent, le reste de l’aiguille est en marbre blanc et gris d’Estagel. En haut, le globe terrestre est chapeauté par une fleur de Lys. Le thème général est la liberté représentée par quatre bas reliefs. Le premier, l’Amérique indépendante. C’est à la demande de Louis XVI que le marquis de La Fayette est parti se battre contre les anglais pour créer le futur peuple américain. Le deuxième, la marine relevée, c’est la liberté de naviguer sur toutes sortes de mer et d’océans. Des dieux marins sont apposés en bas de la fresque d’Amphitrite, femme de
Neptune juste à côté. Le troisième, montre la servitude des cerfs en France, sans inclure l’esclavage. Le roi tend la main aux anciens cerfs devenus des hommes libres. Le quatrième, la liberté du commerce, un des génies tient un parchemin, le premier contrat entre la France et l’Angleterre. »
Quatre trophées allégoriques, symbolisant les quatre continents connus à cette époque tels que l’Asie, l’Afrique, l’Amérique et l’Europe, témoignent de l’ouverture de la France au niveau mondial. Quant aux tortues, pendant longtemps deux hypothèses se sont affrontées. Pour certains, l’animal personnifiait le continent océanique qui n’était pas encore découvert à cette époque là, mais
cette explication a été écartée car la tortue se retrouve dans n’importe quelle civilisation. Elle évoque la longévité mais aussi la jonction entre la voûte céleste avec son dos arrondi, le plat de sa carapace sous ses pattes évoque la stabilité de croûte terrestre.
Au quai Pierre Forgas, les petits métiers s’activent. Du lundi au dimanche, le soir, les pêcheurs posent leurs nasses (avec flotteurs et fils de plomb) à des endroits stratégiques et le matin de bonne heure, ils récupèrent, en majorité, des poissons blancs (dorades, soles, rougets…) mais aussi des petits crustacés
(langoustines). Ce style de pêche sédentaire et locale est toujours fraîche. Ces prises sont très appréciées par les restaurateurs Port-vendrais. D’ailleurs, à quatre vingt quinze pour cents elles se retrouvent sur leurs menus, les cinq pour cents restants sont rapidement achetés par les particuliers.
Du lundi au vendredi, en après-midi, (seize heures) c’est au tour du chalutier d’occuper la place. Sa pêche se fait dans les fonds marins. Sa grande épuisette permet
de capturer de façon plus massive, entre autres, des poissons bleus (anchois, sardines) et des poissons blancs (dorades, soles…) Ces deux spécificités permettent aux restaurants de la ville de rester ouverts toute l’année.
En vous déplaçant sur la gauche, vous remarquerez l’église Notre-Dame de Bonne Nouvelle de style néo gothique, construite en 1856 grâce au don de 7 000 francs du mécène Michel Reig. « Sur un territoire qui passe des Français aux Espagnols et vice-versa pendant longtemps dans la religion catholique, cette maison du culte a été, au départ, assez critiquée. Des siècles plus tard, tout le monde la trouve magnifique avec sa statue (qui porte le même nom) tient, dans son bras gauche, le petit Jésus et son bras droit est appuyé sur une ancre. » Cette dernière, réalisée en fonte
menaçait de détruire le dôme. Enlevée et remplacée par son identique en résine, matériau plus léger, l’ancienne a été déplacée et positionnée juste après le Fort Fanal pour protéger les marins qui prenaient les eaux et accueillir ceux qui entraient au port.
Deux siècles avant Jésus-Christ, la localité s’appelait Port de Vénus (Portus Venerus), déesse de l’amour et de la beauté. Une légende circule à ce propos. À chaque lieu que les Romains occupaient, leur côté ‘pieux’ les poussait à avoir la protection des dieux ou des déesses. « Où il y avait divinité, il y avait temple, mais à ce jour, personne ne sait où il a été édifié. Il n’y a pas de ruines. Selon les règles de la stratégie, la redoute Béar pourrait être ce fameux temple ! » Cette construction militaire a pour but de ne pas être vue, elle doit se fondre dans le paysage. Celle de Port-Vendres est l’œuvre de Sébastien Le Prestre de Vauban. Suite au traité des Pyrénées en 1659, le nouveau territoire annexé à la France doit être défendu. « Il faut préciser qu’à cette période, Collioure et Port-Vendres sont liés, il est donc nécessaire de dissuader
toute tentative belliqueuse en provenance de l’Espagne. » Instaurer une frontière physique était le seul moyen efficace. Dans ce sens, le Fort Fanal et celui de la presqu’île (le seul vestige est la tour de l’horloge) ainsi que la Redoute Béar ont été érigés. Cette dernière est classée monument historique depuis 1933. Elle abrite aujourd’hui le Musée de l’Algérie Française (1830-1962).
Sur les contreforts du massif des Albères, se niche le hameau de Cosprons. Il n’est accessible que par la route départementale. Son église romane Sainte-Marie date du treizième siècle. Elle a été agrandie au fil du temps. Selon la légende, la statue du Christ en croix (inscrit au patrimoine national), installée dans cette chapelle, a été prêtée pour le mariage du fils du roi de
Majorque. Au retour, la côte étant très délicate à cet endroit, à cause du vent, le navire la transportant aurait chaviré à l’anse de Paulilles en la faisant tomber dans la mer. Monsieur Pascot ajoute « Bien plus tard, les frères Cabot, pêcheurs du village, ont lancé leurs filets dans cette même baie. Alors qu’un coup d’Est arrive (coup de vent brutal et dangereux), ils décident de rejoindre la rive avec comme prise étonnante, la fameuse statue. Ils l’ont mise sur le dos de
leur âne avec leur matériel et, en partant, les hommes ont déclaré que là où l’âne s’arrêterait sur le chemin, ils construiraient une chapelle ! » Comme rien n’est écrit, c’est la tradition orale qui permet de garder cette légende vivante.
La grosse différence est qu’une couronne de cordes entoure sa tête au lieu d’une couronne d’épines d’où le nom de Christ marin. Cette icône médiévale mesure un mètre quatre vingt huit de haut pour un mètre dix-huit de large. « Un rénovation complète a démarré en 2011. Elle consistait d’abord à une mise hors d’eau car la toiture était très endommagée, puis en une modification de l’intérieur afin d’en faire une salle de spectacles. Les travaux se sont achevés début 2013. »
Sur cette même route, tournez à gauche à La Guinée et dans les cinq minutes, vous serez à la vinaigrerie artisanale La Guinelle. Le conjoint de la fondatrice Nathalie Lefort, vous accueillera de belle façon. Il vous expliquera le processus. « Plus la base est bonne, meilleur sera le vinaigre. Ici, c’est le Banyuls, vin doux local avec une forte identité,
qui est utilisé au départ, c’est un gage de qualité. Le jeu est simple entre les vignerons et nous. Il faut avoir un vin le plus naturel possible, sans conservateur, à commencer par les sulfites (SO2), mais pas seulement… Nos vinaigres en sont quasiment absents, le travail est beaucoup plus rapide et simple pour tout ce qui est vivant dans le vin. » Les bactéries acétiques contenues naturellement dans le vin et dans l’air ont besoin de plusieurs facteurs pour se multiplier et se
développer. « Nous allons donc lui donner toutes ce qu’il leur faut soit de la chaleur, une bonne aération, de l’oxygène et une surface importante, ce qui va provoquer un phénomène dans le tonneau allongé qui n’est pas complètement rempli. Ces bactéries se nourrissent de l’alcool et le transforment en acide acétique tout en gardant les arômes du grenache noir, d’où l’odeur. » Ce voile de surface, appelé la mère du vinaigre,
génère une jolie toile d’araignée. Petit à petit, le liquide arrivera à six degrés d’acide acétique, minimum obligatoire pour être considéré comme vinaigre. Dans ce sens, les tonneaux sont analysés régulièrement. « Comme au départ le vin est assez puissant en alcool, nous avons une tolérance pour que ce dernier reste non transformé dans le vinaigre. Nous allons soutirer quatre vingt litres des cent soixante que le tonneau contient. » En les transvasant dans des bonbonnes, le développement est asphyxié. Les bactéries ne peuvent plus ni évoluer, ni travailler par manque d’oxygène puisque le contenant est plus petit. « Le contact avec la surface est faible afin de garder les qualités très fruitées
du départ dans le but de ne pas obtenir un vinaigre trop fort. Un élevage éclair de deux mois dans ces contenants enlève son agressivité et le rend beaucoup plus agréable à la consommation. » Pour le Banyuls qu’il soit jeune ou vieux, rouge ou blanc, le degré d’alcool est le même au final pour ce vinaigre. « Par contre si au départ, comme pour les vins secs de Collioure, ils sont moins riches, moins alcoolisés, alors la tolérance serait d’un degré au lieu de trois pour nos produits. » La législation est également différente pour les vinaigres de fruits comme la figue ou la pomme. « Nous avons trois vinaigres, le blanc issu du cépage grenache gris, le rouge, un rimage d’un an, issu du grenache noir fruité, gourmand et un vieux, d’une
dizaine d’années, qui donne un ressenti très évolué à cause de sa base âgée. » En vingt d’expérience, le couple s’est déjà essayé avec succès sur du muscat du département et, de temps en temps, des vins doux nobles en provenance d’Alsace, mais à quatre vingt dix pour cents, sa production vient du Banyuls.
Dans cette logique, longez la côte jusqu’à Banyuls-sur-Mer (Banyuls de la Marenda), la deuxième station balnéaire la plus méridionale de France. Elle vous révélera, autour de sa baie, sa vieille ville, son port, sa plage (galets et sable) et sa jetée prenant appui sur un îlot rocheux, l’île Grosse, où se trouve le monument aux morts de la guerre 1914-1918, œuvre du sculpteur Aristide Maillol. Cette
commune, visitée en toutes saisons, limitrophe de l’Espagne est la partie la plus orientale de la chaîne pyrénéenne où le massif des Albères se jette dans la Méditerranée y dessinant un paysage de crêtes et de criques.

Parmi les nombreux établissements de qualité que la ville offre, le restaurant, Les 9 Caves, propose non seulement une carte généreuse mais également un cadre fort agréable pour une halte gourmande.
À quelques dizaines de mètres de 
la Réserve Naturelle Marine de Cerbère-Banyuls, l’aquarium constitue une des facettes du Biodiversarium. Son circuit unique vous montrera la variété biologique marine des Pyrénées-Orientales à travers le regard des scientifiques de l’Observatoire Océanologique. Trois cents espèces (poissons, invertébrés, végétaux), évoluent dans des réservoirs, dont les décors, restituent à l’identique les biotopes du littoral catalan, ses fonds sableux et ses lagunes. S’immerger en profondeur pour s’émerveiller devant les indispensables herbiers 
de Posidonies ou encore le coralligène, terrain d’exploration préféré des plongeurs. Un premier espace est consacré à l’histoire de la science à Banyuls, de la création de l’Observatoire en 1882, jusqu’aux thématiques de recherches actuelles. Le bâtiment abrite également plusieurs laboratoires (certains sont accessibles au public) qui permettent aux visiteurs de surprendre les chercheurs dans leurs activités ! Des zones d’expérimentations et d’élevages leur donnent également l’opportunité de voir une partie des
coulisses. Un bassin
d’approche offre de regarder des invertébrés surprenants. Ces animaux méconnus représentent une part importante de la biodiversité. Leurs formes, couleurs et comportements sont insolites. Une expérience à la fois ludique et didactique à vivre !

Place du général Basséres en front de mer, un itinéraire culturel vous attend. En effet Dans les pas d’Aristide retrace en quinze stations les oeuvres du sculpteur natif de Banyuls, Aristide Maillol. Ce parcours se déroule à travers les 
ruelles fleuries par des habitants très attachés à la beauté du lieu et les nombreux escaliers. Chaque arrêt est illustré par une reproduction, des photographies, des clichés pris par ses amis, certains prestigieux, d’autres anonymes, accompagnés de commentaires restituant le contexte. Vous entrerez, alors, dans 
la vie et le monde de cet artiste, le verrez dans son quotidien exécuter un croquis ou dans sa maison rose, découvrirez aussi le peintre avant qu’il ne devienne ce célèbre sculpteur.
www.banyuls-sur-mer.com
www.tourisme-pyreneesorientales.com
Merci à Ghislaine Coronat, Julien Folcher, Catherine Gillot de l’Agence de Développement Touristique des Pyrénées Orientales (Perpignan), Laéticia Martinez du bureau d’informations touristiques (Port-Vendres), la vinaigrerie La Guinelle, monsieur Pascot (Cosprons) et Sophie de l’office de tourisme (Banyuls).
Retrouvez les vidéos de ce voyage sur www.facebook.com/Sur-la-route-1727800047463188/
