Montréal, arts interculturels : Saison 2021-2022

Créé en 1999, le Montréal, arts interculturels n’est ni une institution, ni un centre d’artistes autogéré. On parle souvent du MAI comme d’une étrange bête en raison de son mode d’opération et de la particularité de son mandat.

Par Corinne Bénichou

Cet organisme culturel, centre de développement pluridisciplinaire, appuie la création, la diffusion et le rayonnement des arts interculturels. C’est un diffuseur inclusif qui offre un programme d’accompagnement axé sur les artistes, un instigateur d’échange communautaire et de programme de développement des publics appelé Public +. Il défend et soutient le développement, la création, la présentation et la promotion des arts hybrides, issus d’un amalgame de formes, de genres, de styles, de disciplines et de langues, destinés à des auditoires variés.

Des programmes stimulant le dialogue ainsi que des thèmes connexes sont proposés régulièrement. Ces derniers transcendent le sexe, la race, la classe, la capacité, l’orientation sexuelle, la religion, l’âge, la langue et tout axe sectaire de l’identité. En fait, c’est un espace où dualités et pluralités ne font qu’un. Ultimement, sa programmation et ses activités offrent une perspective différente du ‘nous’. Il soutient les artistes pour qui la communion des cultures s’avère essentielle. Agissant comme un véritable chef-de-file, il encourage non seulement les pratiques artistiques interculturelles, mais aussi l’essence même de l’art et les conditions qui favorisent sa croissance et son renouvellement. Voici la mission du Montréal, arts interculturels, a vu le jour en 1999, mais le Regroupement pour le développement des pratiques artistiques interculturelles, lui, existe depuis 1990. Dès 1989, ce dernier choisit d’œuvrer à la création d’un nouvel espace à Montréal et c’est en 1999 à Milton Parc, sur la rue Jeanne-Mance, qu’il s’installe. L’organisme est alors doté d’un café, d’une galerie et de deux salles de répétition. En 2005, son programme d’accompagnement des artistes, est inauguré et renommé Complices en 2018. À l’origine, le programme s’adressait principalement aux autochtones et aux personnes issues de la diversité mais le programme s’est peu à peu élargit afin d’inclure des gens en situation de handicap, des minorités linguistiques et la communauté LGBTQ*.

Chaque année l’organisme propose une programmation diversifiée, mettant de l’avant de nombreux artistes et performances dans le cadre d’expositions, de spectacles de danse, de musique et de théâtre. Plusieurs y ont acquis une notoriété au Québec, au Canada et parfois à l’international. Le directeur des communications, Firas Nassri et Jaëlle Dutremble-Rivet, coordonnatrice des productions sont actifs au sein de l’équipe pour vous offrir le meilleur.

Du 24 au 27 novembre, la programmation 2021 commence avec Trajectoires. L’auteur, dramaturge et chorégraphe commettait en 2018 l’inoubliable Forêt avec un premier collectif. Le voilà qui récidive avec une installation performative impliquant huit collaborateurs. Déambulant au cœur de ce riche tableau mouvant, qui visite les nuances complexes de l’être humain, le public part à la rencontre d’œuvres vivantes incarnées par les performeurs. Six créations dédiées à la représentation. Au fil de ce parcours où tout palpite, on cherche à comprendre Anima, Animus et Androgyne. La question est posée sur ce Narcisse qui vit en chacun de nous évoquant à sa manière la complexité et le foisonnement de la psyché humaine au moyen d’énigmatiques récits dont les voix sont aussi singulières que plurielles.

Du 2 au 4 décembre, c’est Pomme grenade (Pomegranate) qui est programmé. Bachelière en danse et en psychologie, formée en arts martiaux, yoga et encadrement, l’interprète-chorégraphe Heather Mah s’exprime depuis le début des années 80 dans les œuvres de Marie Chouinard, Gilles Maheu, Danièle Desnoyers et Pierre-Paul Savoie. Son premier solo offre le portrait fragmenté d’une vie marquée par la migration, le parcours imaginé de sa propre grand-mère, née en Chine en 1895. Fortement inspirée de son histoire familiale, l’œuvre dessine l’isolement, la souffrance et la quête d’un sens nouveau, en résonance avec les grands mouvements migratoires actuels. Création de ses soixante ans, un âge qui correspond à la fois au décès de son aïeule et à celui où l’expérience détrône du corps la beauté, La référence au fruit est évidente, ainsi qu’à la fertilité et à la féminité, au rajeunissement et à la résilience. Aussi émouvant que poétique, ce spectacle-hommage prend la forme d’un voyage intimiste et introspectif où passé et présent coexistent.

Le 4 décembre à 14 heures, la représentation  est offerte en audiodescription pour les personnes non-voyantes.

Jusqu’au 11 décembre, les luttes et les révolutions dans le Moyen-Orient et en Afrique du Nord sont exposées à travers six oeuvres vidéo et trois installations dans Making Revolution. Les commissaires sont Farah Atoui et Viviane Saglier. L’exposition revisite l’histoire multiple des insurrections à travers la production et la circulation des images. Bien que les soulèvements de 2011 soient souvent considérés comme un point tournant dans la politique de la région, les oeuvres ainsi que les installations présentées rompent avec la manière de voir en convoquant des temporalités non-linéaires et affectives comme en s’intéressant à des révolutions antérieures et à leurs traces tant politiques que poétiques. Mettre de l’avant la corporéité façonne les soulèvements. Votre attention sera attirée sur la dimension incarnée de la révolution à travers le médium de l’image en mouvement. Cette exploration incisive et lumineuse cherche à distiller des imaginaires fondés sur l’expérience et à faire émerger des visions fécondes pour les mouvements et les luttes à venir.

Entre le 20 et le 29 janvier 2022, du théâtre avec Foxfinder. « Quand les renards seront partis, tout ira mieux. » Les récoltes sont mauvaises, la nourriture est rare et les humains croient que ces animaux sont les seuls responsables de la destruction du monde. Dans cette dystopie, un couple d’agriculteurs en difficulté est transformé à jamais par l’arrivée d’un jeune homme envoyé par le gouvernement pour les traquer. La dramaturge britannique Dawn King, offre, ici, une parabole écologique obsédante qui explore les changements climatiques comme leur impact sur la psychologie de la peur et le besoin humain de certitudes. Imago Théâtre crée des œuvres, ancrées dans une pratique artistique féministe audacieuse, s’engageant à repousser les limites, à élargir la forme, à amorcer un dialogue essentiel sur des questions sociales urgentes, se concentre sur des histoires, des voix et des expériences diverses. C’est un lieu catalyseur, propice aux discussions, militant pour une représentation équitable. Un pôle qui abrite des récits de femmes indomptables.

Les 23 et 29 janvier à 15 heures, les surtitres sont en français.
Le 27 janvier à 19h30, vous payez ce que vous voulez à la porte. Également surtitré en français.

Du 3 au 26 février, c’est à la fois une exposition et une performance. Faisant suite à ses précédentes explorations des dynamiques de pouvoir, le polyvalent Thierry Huard propose une vision queer et kaléidoscopique des relations interpersonnelles en transformant la galerie de l’organisme d’accueil en un cocon sombre et caverneux. Dans ce terreau fertile, propice à l’exploration de la notion d’intimité, accompagné de l’interprète Nate Yaffe, il juxtapose la porosité des corps entrelacés à l’inconfort d’une proximité extrême, révélant les liens invisibles dont sont tissées les relations humaines. Cette interdépendance se déploie grâce à un arsenal de dispositifs (visuels, textiles, sonores), dont certains développés de connivence avec l’ingénieur électronique et compositeur, Lucas Paris. Installation unique, évolutive comme immersive, les liens subliment la pratique tentaculaire du créateur à l’approche anthropologique dans une fouille en soi et à propos du rapport à l’autre qui remet en question les limites des relations interpersonnelles.

Du 17 mars au 16 avril, Nayla Dabaji s’intéresse à la migration, à la temporalité et à la manière dont la mobilité et le manque d’informations déstabilisent autant qu’ils transforment le quotidien ou les perceptions. Avec Documentaire en dérive, l’artiste visuelle met en scène le processus de travail et le cheminement de Boomerang. Comportant plusieurs niveaux de lecture, l’œuvre exprime l’état incertain et polymorphe de la mémoire, en posant le concept de décalage comme point de départ, qu’il s’agisse de celui occasionné par les délais de la transmission électronique ou de celui résultant de la réminiscence du passé. Fascinée par les traces, la libano-montréalaise explore ces fragments d’expériences par la photographie, mais aussi au sein d’installations, dans l’art vidéo, de même qu’à travers l’écriture; juxtaposant plusieurs histoires ou géographies et structures narratives.

Du 28 au 30 avril, une création en quête d’identités et de territoires perdus. Bleu néon, du théâtre présenté en vietnamien ! Dans un Vietnam lointain et fictionnel, se croisent des échos de musique pop sur cassettes et de rap vietnamien actuel. Kim-Sanh Châu y traverse des états de corps générés par la présence de néons colorés. De ce bleu du soir qui se transforme en mauve « bầu trời màu tím xẩm », la traduction est incertaine. Les yeux fermés, ces néons la ramènent à la sensation d’être sur ses terres d’origine. Saigon, comme beaucoup de villes sud-asiatiques est marquée de ces lueurs vives. L’imaginaire et la mémoire corporelle voyagent sur une motocyclette Honda Dream II à travers un ciel dont la moiteur fouette le visage. Pour cette création solo, l’artiste en danse et vidéo est accompagnée de son collaborateur sonore et frère laotien Chittakone Baccam/Hazy Montagne Mystique, poursuivant ainsi leur quête d’identités et de territoires perdus. Ensemble, ils relient passé, présent et fiction dans une extrapolation diasporique.

Les 28 et 29 avril, les représentations sont à 19h30.
Le 30 avril, c’est à 14 heures et à 19h30.

Les 6 et 7 mai, Queer songbook orchestra offre un voyage du coeur et de l’esprit. Constitué de treize musicien(ne)s, cet ensemble de pop de chambre torontois se consacre à l’exploration et à l’avancement du récit LGBTQ dans la musique. Depuis un point de vue queer, son parcours commence avec du populaire du dernier siècle et met de l’avant des récits historiques qui ont été occultés. Ces derniers sont mis en scène en parallèle avec des réflexions personnelles de membres de ces communautés. En étant exposé à des chansons connues réinventées de manière unique, le public se voit offrir de nouveaux points de vue sur des œuvres familières et une perspective plus large sur l’universalité de l’expérience humaine. Projet hautement collaboratif, l’orchestre invite des membres de la communauté locale à participer à chaque performance. Qu’il s’agisse d’élèves du secondaire ou de personnes du troisième âge, d’artistes de renom ou en début de carrière, les individus sont invités sur scène pour présenter ces récits afin de favoriser le dialogue et approfondir un sentiment commun.

Du 12 au 14 mai, les liens indélébiles entre le jazz et les claquettes à travers les corps noirs divins met en vedette Travis Knights. Confrontant l’idée que la danse est par essence éphémère, Ephemeral Artifacts interroge les processus qui lui donnent un aspect tangible : Le temps, la pratique et l’attention. L’œuvre examine le corps dansant en tant que contenant de connaissances incarnées et lieu de transmission. Cette édition honore ainsi les lignées, les corps et les communautés qui ont façonné la danse au fil du temps, à travers la tradition orale, le contexte, la forme et les relations. Il s’agit d’une réflexion non linéaire sur les personnes perdues et d’un acte viscéral pour se souvenir d’elles d’une manière qui reconnaît les marques qu’elles ont laissées.

Le 4 juin, la saison se termine avec une rappeuse et productrice zambo-canadienne. Son œuvre porte principalement sur des thèmes liés à l’intersection entre la foi, l’identité et la différence. Ashanti Mutinta, alias Backxwash, est basée à Montréal. Elle est surtout connue pour son album God Has Nothing To Do With This Leave Him Out Of It, qui a remporté le prix Polaris en 2020. S’appuyant sur des genres musicaux comme le horrorcore, le hip-hop et le métal industriel, la poésie de ses textes est le début d’un processus de guérison cathartique dans lequel elle s’accorde la permission d’être en colère. I Lie Here Bured With My Rings And My Dresses est paru cette année.

* Le sigle inclut lesbiennes, homosexuels (gays), bisexuels, trans, intersexes , asexuels et queers, entre autres. En fait, il désigne des personnes non hétérosexuelles.

Montréal, arts interculturels
3680, Jeanne-Mance
Montréal
(514) 982-1812
www.m-a-i.qc.ca

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