Lignes de fuite de Catherine Chabot et Miryam Bouchard

Avec Catherine Chabot, Mariana Mazza, Léane Labrèche-Dor, Victoria Diamond, Maxime de Cotret et Mickaël Gouin.

L‘amitié de trois amies du secondaire est mise à rude épreuve pendant leurs retrouvailles. Les discussions du trio deviennent de plus en plus enflammées à mesure que la soirée avance.

Durée : 1h36
Distribution : Films Seville
En salles depuis le 6 juillet 2022

Attention : Les dialogues et certaines images sont inappropriés pour les enfants.

Par Corinne Bénichou

Chaque année le réalisateur Émile Gaudreault, ici coscénariste avec Catherine Chabot et la productrice de Cinémaginaire, Denise Robert, offrent aux Québécois, un divertissement estival. On se souvient de Menteur, De Père en flic 1 et 2 pour les plus récents. Ce n’est pas le cas cet été.

En effet, la comédie dramatique, inspirée de la pièce de théâtre du même nom, présente trois trentenaires, la génération Y, qui ont chacune des préoccupations et un parcours différents. Ce qui va les amener à être de plus en plus discordantes, entre elles, mais également avec leurs conjoints-conjointe.

Le couple écolo-bobo urbain, se déplaçant à vélo, formé par Léane Labrèche-Dor, chroniqueuse acerbe en radio et Michael Gouin, professeur d’université, sont inquiets à l’extrême face au problème environnemental et soi-disant à l’aise dans les aventures extra conjugales. Le couple ordinaire de banlieue, elle comptable, lui entrepreneur en plomberie, interprété par Catherine Chabot et Maxime de Cotret. Quant au couple Mariana Mazza et Victoria Diamond, il affiche une femme ayant réussi en finance et une artiste dont les créations sont reconnues dans le monde des arts.

Les échanges verbaux (pour ne pas dire verbeux) de ce petit monde, fait ressortir de la jalousie, de l’hypocrisie, de la frustration, des faux semblants, de la pression sociale et de l’anxiété sans oublier l’argent, le succès et le mépris des anglophones pour les Québecois francophones. La longue tirade cathartique de Victoria Diamond alias Amber en anglais s’il vous plaît (et même s’il ne vous plaît pas) se terminant par Fuck René Lévesque en est un exemple flagrant !

Cette histoire pose plusieurs questions ! Que veut dire être amie ? Que signifie l’amitié ? Quel place a t-elle dans la société actuelle ? Doit-on tout dire à ses amie(e)s quitte à les heurter ? Connaît-on vraiment ses ami(e)s ?

À propos du chien, sa cécité représente un certain aveuglement mais surtout c’est la mort qui nous attend tous au final avec, en prime, l’incontinence !

Les protagonistes assumant complètement leurs personnages tant dans l’émotion que dans la provocation, donne un tout crédible et acceptable. Le fait que ce soit deux femmes qui réalisent donne, peut-être, aux propos, plus d’introspection. Leur volonté est de faire monter la mayonnaise, cette tension palpable dès le début, jusqu’à son paroxysme avec le coup d’éclat humain et le déchaînement climatique final.

Il faut avouer qu’après réflexion, il y a une certaine ressemblance avec Le déclin de l’empire américain de Denys Arcand (en plus virulent, dont l’arrogance est claire, mais avec une condition sociale moins nantie) dans l’état d’esprit du couple Labrèche-Dor/Gouin sur l’état de la Terre depuis minimum cinquante ans. Les personnages du cinéaste étaient déjà cyniques en dénonçant le comportement humain et la situation de la société dans laquelle ils vivaient en 1986 !!! Là aussi on parlait d’amitié, d’argent, de sexe, de différence et de mort. Alors, il y a certainement une idée noble de la part des réalisatrices en arrière de ces discussions venimeuses et ces révélations explosives. À vous de la découvrir !

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