Nouvel album pour Beatrice Deer

L’autrice-compositrice-interprète inuk lance son très attendu nouvel opus, Inuit Legend. Elle soulignera sa sortie avec un

Par Corinne Bénichou

Depuis le 3 avril, en amont, l’artiste partage la pièce focus, Falcon and the Woman, accompagnée de son ‘visualiseur’. Cette chanson puise dans son vaste imaginaire pour en faire un hymne indie-rock habité d’une fougue tendre et farouche. « Inspirée d’un souvenir d’enfance lié à une légende inuite, ce titre parle de la survie, de la violence conjugale et de la libération des séquelles physiques, mentales et émotionnelles »

L‘album, lui, vous plonge dans un monde enchanté et largement méconnu. Pour ce projet, la Montréalaise a revisité des fables ancestrales et des récits vécus, en les interprétant avec un regard résolument moderne. En mettant délibérément l’accent sur la force féminine, la transformation et la survie, il fait écho au parcours de la chanteuse, marqué par son enfance au Nunavik, une région historiquement marginalisée du Grand Nord canadien. Porté par des sonorités indie-rock brutes et amples, une nouvelle vitalité est insufflée à ces histoires anciennes, transmises avec sagesse de génération en génération, bien au-delà des frontières culturelles et géographiques. Ce huitième disque en carrière réunit Beatrice Deer et ses fidèles collaborateurs, Mark Bucky Wheaton (Land of Talk) et Christopher McCarron (Stars). Ensemble, ils façonnent un paysage sonore cinématographique et changeant, centré sur sa voix versatile.

Le premier extrait, Arranged, est issu d’un lumineux duo avec l’artiste inuk Johnny Yaa Saunders. Le morceau est inspiré de témoignages d’aîné(e)s au sujet de la pratique des mariages arrangés autrefois répandue dans les communautés inuites. D’autres pièces naviguent entre mythe et mémoire : Caterpillar revisite le récit tragique d’une femme infertile qui adopte une chenille comme enfant, Aukkauti, s’inspire d’une histoire réelle de meurtre survenu après une expédition de chasse, Falcon and the Woman transforme une légende à moitié oubliée en un puissant récit de survie face à la violence conjugale et The Fog relate un mythe surréaliste mettant en scène un chasseur, un géant et l’origine de la brume sur la toundra.

Chanté principalement en inuktitut (avec quelques touches d’anglais, de français et du chant de gorge hypnotique), Inuit Legend reflète l’héritage de Beatrice Deer, à la fois inuk et mohawk. Il constitue l’exploration la plus directe, à ce jour, des traumatismes générationnels vécus par les communautés du Nunavik, marquées par les épidémies, les famines, la rafle des années 60 (Sixties Scoop) et des taux de suicide parmi les plus élevés au monde. La pièce délicate Epidemic rend hommage à sa grand-mère Eva, décédée lors d’une épidémie de rougeole qui a coûté la vie à plusieurs personnes en raison du manque d’accès aux soins médicaux.

Portrait Béatrice Deer © Alexi Hobbs

Malgré la gravité de ces origines, l’album dégage une énergie portée par la joie et la créativité qui ont accompagné sa création. Il est à souhaiter que ces chansons éveillent la curiosité envers les récits et l’histoire inuit et qu’elles créent un effet d’entraînement vers une meilleure compréhension. « Nous avons une histoire si riche et un mode de vie unique. Mon espoir est que les gens entendent ces chansons et aient envie d’en apprendre davantage. Je veux qu’ils comprennent que mon peuple a toujours été ici. »

Réalisation : Mark Wheaton et Christopher McCarron
Mixage : Jace Lasek
Matriçage : Ryan Morey

Vendredi 24 avril 2026 à 20 heures, un spectacle-lancement aura lieu au bar L’Escogriffe à Montréal.

Label : Uummati Records / Distribution : Amplitude

Ce contenu a été publié dans Musique. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.