Avec Alexander Fehling, André Szymanski, Friederike Becht, Gert Voss et Hansi Jochmann.
1958, Johann Radmann (A. Fehling), jeune procureur, découvre des pièces essentielles permettant l’ouverture d’un procès contre d’anciens SS ayant servi à Auschwitz, mais il doit faire face à de nombreuses hostilités dans cette Allemagne d’après-guerre. Déterminé, il fera tout pour que les Allemands ne fuient pas leur passé.
Durée : 2h03
Distribution : Métropole Films
En salles depuis le 16 octobre 2015
Par Corinne Bénichou
Avec son premier long métrage, le réalisateur et scénariste dévoile un chapitre méconnu de l’histoire allemande qui a changé le pays à jamais. En se basant sur des faits historiques et sur l’enquête menée par quatre procureurs, il raconte ici le parcours qui a permis au procès de Francfort de voir le jour.
Cette fiction est inspirée de la réelle histoire de Fritz Bauer, à l’origine du procès Auschwitz qui s’est déroulé dans les années 60.
Il est impossible que les personnes nées dans les années 30 n’aient jamais entendu parler des atrocités de la Seconde Guerre mondiale. Cette génération d’avant guerre porte les fils et les filles des responsables de la Shoah ! Comment ignorer le plus odieux crime du 20e siècle ? Dix millions de nazis dont huit mille installés au camp d’Auschwitz ! Pourtant ce film évoque la carence de cette jeunesse ou plutôt le désir profond d’oublier cette partie de l’Histoire.
Le journaliste Thomas Gnielka, interprété par André Szymanski, reconnait l’un d’eux, devenu professeur, dans une cour d’école. C’est le début d’un long processus de cinq ans pour arriver à en faire condamner une vingtaine, malgré la mauvaise volonté des institutions, le déni des collègues et de l’entourage professionnel (à l’exception du procureur général Fritz Bauer sous les traits de Gert Voss), qui dit ignorer jusqu’au nom du camp de concentration le plus meurtrier de tous, puisque choisi par le IIIe Reich pour accomplir la solution finale.
Le cinéaste montre avec respect la culpabilité des survivants, leur difficulté de parler, d’oser raconter l’ignominie. Sur ces témoignages, des chants religieux en hébreu donnent de l’ampleur et de l’émotion aux révélations.
Du point de vue cinématographique, cette œuvre est classique dans son traitement et son objectif. En fait, c’est le sujet qui est intéressant, le scénario, bien écrit et les prestations des acteurs impeccables. Ce jeune avocat représente la conscience collective du pays, le devoir de mémoire et la responsabilité de chacun.
La scène des archives confirment bien que « les paroles s’envolent et les écrits restent. »
Le spectateur se posera néanmoins la question de la justice sur le nombre d’accusés (une vingtaine au tribunal pour huit mille sur le terrain !) en constatant que cette société préfère fermer les yeux sur son passé.
Malgré tout, la démarche est louable, elle se veut un hommage contre le mensonge, l’oubli et l’indifférence.
Représentant de l’Allemagne dans la course aux Oscar du meilleur film en langue étrangère.