Les Enivrés d’Ivan Viripaev

Jusqu’au 16 décembre 2017

Mise en scène de Florent Saud
Scénographie et costumes de Romain Fabre
Conception sonore de Julien Éclancher
Lumières de Nicolas Descôteaux
Vidéo de David Ricard

Avec Paul Amarani, Évelyne Rompré, Maxime Denommée, Benoit Drouin-Germain, Marie-Pier Labrecque, David Boutin, Maxime Gaudette, Marie-France Lambert, Marie-Eve Pelletier et Dominique Quesnel.

1 h 35 sans entracte.

enivrésAu cours d’une nuit d’excès, quatorze personnes en état d’ébriété avancé constatent le vide de leur existence. L’ivresse délie les langues. Les apparences tombent. Les questions existentielles alimentent les conversations de ces groupes d’amis réunis pour un mariage, un enterrement de vie de garçon ou encore, une sortie amicale bien arrosée.

Par Geneviève Raymond

En quête de sens, ils ont soif de vérité. Ils tergiversent sur l’amour et leur rapport aux autres. Ils implorent les forces divines pour transcender leur vie tapissée de mensonges. Le propos lourd du dramaturge russe donne le vertige. Celui qui est né dans un quartier difficile en Sibérie peint une société extrêmement individualiste composée d’automates malheureux.

« Chercher la perle rare dans un immense tas de merde » lance avec ironie un homme qui prend notamment conscience de l’infidélité de sa femme. La réplique donne le ton à cette pièce originale, voire étrange aux discours parfois délirants. Impossible de sortir indemne de ce spectacle cathartique naviguant entre l’humour noir et la tragédie.

Une douce folie libère la parole des protagonistes portée par une distribution impressionnante. À certains moments, les comédiens semblent en transe. Évelyne Rompré est remarquable en prostituée malmenée. Une lumière irradie son corps en mouvement. Maxime Denommée est touchant en futur marié, affublé d’un costume de ballerine et d’oreilles de lapin. Le jeune homme candide s’illumine à l’aube lorsqu’il réalise la bêtise de son engagement.

Benoit Drouin-Germain, alias Gabriel, adoucit l’atmosphère en prétendant avoir un frère prêtre qui répand la bonne parole. Il demande à ses camarades d’écouter « les chuchotements du Seigneur » dans son cœur. Une expression reprise en boucle par la fratrie alcoolisée s’enlaçant en profession de foi pathétique. Un beau moment de théâtre !

Le metteur en scène évite le piège des ivrognes en dirigeant d’une main de maître ses acteurs dans ce chaos organisé avec minutie. Ces derniers ne titubent pas à outrance, mais les personnages parlent fort et parfois l’ivresse leur donne de drôles d’accents.

Au début de la pièce, il est cependant difficile de saisir le sens et le contexte de la rencontre entre une femme mystérieuse et sulfureuse et un directeur de festival de cinéma préoccupé. C’est au troisième tableau que le spectateur est finalement aspiré par ce voyage de révélations parfois absurdes, mais criantes de vérité. « Sortez votre cul de cette mélancolie dans laquelle vous vous engluez comme des mouches dans le miel » dit Lawrence dans un éclair de lucidité.

Sans aucun doute, le désir de transcendance fait appel à l’introspection et à l’humanité du public. L’œuvre réveille les vieux démons de chacun en remettant en question la place de l’humain dans l’univers. Au final, « l’important est d’aimer et d’être aimé » comme le martèlent les Enivrés le temps d’une nuit.

THÉÂTRE PROSPERO
1371, Ontario Est
Montréal
(514) 526-6582
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