Avec Paul Savoie, Marie-Eve Pelletier, Marie-Thérèse Fortin, Patrick Drolet, Daniel Parent et Ariane Legault.
Les jours d’un médecin, professeur d’université (P. Savoie) sont comptés. Alors, sans rien dire à sa famille, il emploie le temps qu’il lui reste pour faire le point sur sa vie et remettre en question l’impact que cette dernière a eu sur les autres.
Durée : 1h21
Distribution : Films Seville
En salles depuis le 21 août 2015
Par Corinne Bénichou
Basé sur le récit Une histoire banale d’Anton Tchekhov, le réalisateur/scénariste (20h17, rue Darling, La Neuvaine, Contre toute espérance, La Donation), évoque avec intelligence la lassitude de la vie. Il met en scène une introspection de l’être humain et un constat de l’usure du temps.
La narration, très présente, est le lien entre les personnages. Elle permet de ne pas se perdre dans des situations ou des dialogues superflus pour rester dans l’essentiel, la conscience de la fin de vie et l’angoisse de ne pas avoir pu tout mettre en ordre avant le grand départ. De ce fait, les priorités changent à l’approche de la mort.
Le retour sur le passé de ce vieil homme interprété par un Paul Savoie investi, relate la première partie de sa vie et de sa carrière. C’est là qu’il rencontre celle qui deviendra sa fille adoptive, interprété par Marie-Eve Pelletier. Sa mélancolie latente représente bien le théâtre de l’auteur russe mais aussi cette difficulté de vivre heureuse dans un environnement qui ne lui convient pas où elle ne trouve pas sa place.
Patrick Drolet, lui, offre un discours incisif qui dévoile une vision de la société québécoise et de son milieu artistique assez réducteur. Cette époque désespérante, tirant vers le bas, donne le ton à la fois grave et irrité que l’acteur emploie pour dénoncer les références culturelles telles que Céline Dion, le Cirque du Soleil et Pierre Karl Péladeau, par le biais de ses journaux, versus les grands ouvrages littéraires classiques. Les répliques de son partenaire plus âgé est en contraste. Dans ce sens, cet échange donne l’occasion au cinéaste d’agiter le blanc et le noir.
Comme à l’habitude, le contenu parle de la condition humaine et de l’amour que l’être porte à son prochain. Sans déni, ni complaisance, la plus récente œuvre de Bernard Emond, certainement la plus fataliste sans être pessimiste, saura vous émouvoir.