Vues d’Afrique – Sankara de Yohan Malka

France 2021 -1h33 en langue française avec sous-titres anglais.

Thomas Sankara n’a pas été que le président du Burkina Faso, de 1983 à 1987, il a été la révolution qu’aucun chef d’État au monde n’a jamais osé mener. Une révolte anticapitaliste, féministe et écologique au coeur de l’Afrique des années 80. Aujourd’hui, Sankara est devenu une icône pour des milliers de jeunes et inspire même des rappeurs comme Kalash Criminel ou Youssoupha.

Par Corinne Bénichou

Deux mots définissent cet homme intègre : Fierté et dignité ainsi que son slogan «La patrie ou la mort, nous vaincrons ». Avec son compagnon d’armes, son meilleur ami, Blaise Compaoré, ils ont effectué un coup d’état militaire sans violence, ce qui est un exploit en soi.

Le 4 août 1984, Thomas Sankara rebaptise la Haute-Volta en la nommant Burkina Faso*.

Ce modèle de féminisme, non seulement dans ses paroles mais aussi dans ses actes, a inclus les femmes dans son gouvernement à hauteur de trente pour cent. Avant-gardiste et visionnaire, Sankara défait l’image du président africain en influençant les actions écologiques, l’anti-impérialisme et le panafricanisme. La corruption et l’accumulation des biens sont donc révolues, ce qui dérange l’Europe et l’Amérique. L’attitude condescendante de François Mitterrand en est la preuve vivante .

« Il faut choisir entre le champagne pour quelques-uns ou l’eau potable pour tous ! »

L‘adage veut qu’on n’est jamais trahi que par les siens. Compaoré ne déroge pas à la règle. Il assassine son camarade de combat le 15 octobre 1987 pour prendre sa place jusqu’en 2014, année de la manifestation citoyenne, incluant la jeunesse burkinabé, qui le destituera de ses fonctions en trois jours. Le traître se réfugiera en Côte d’Ivoire pendant quarante ans avant d’être condamné par contumace à la prison à vie verdict du tribunal militaire de Ouagadougou, en avril dernier après un procès qui a duré six mois.

« Une jeunesse mobilisée est dangereuse, une jeunesse mobilisée est une puissance qui effraye même les bombes atomiques. »

Si le cinéma est un devoir de mémoire et de transmission, ce documentaire, toujours utile et approprié en 2022, doté d’un graphisme représentatif et d’images d’archives bien choisies , montre une légende courageuse, lucide, poétique, qui a marqué toute une génération et continue de le faire encore aujourd’hui, auprès, entre autres, de la la diaspora noire française.

Yohan Malka est un réalisateur et journaliste français, né en 1983 à Créteil. Après des études à l’Institut Pratique du Journalisme Paris Dauphine, il entame une carrière de reporter pour France 2, puis, devient indépendant et réalise plusieurs reportages à l’étranger, Brésil, États-Unis, Hongrie, Israël, Irlande du Nord, et Zimbabwe, notamment pour TF1, Canal Plus et France 5. Depuis plus de dix ans, il met en lumière des histoires humaines au rythme de l’actualité. En 2021, il réalise ce documentaire (son premier) pour la plate-forme en ligne BrutX.

* Patrie des hommes honnêtes.

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