Avec Jean Bernard (Xavier), Jenny Brizard (Nya), Gloria Mampuya (Jasmine), Anie Pascale (Laurie), Schubert Pierre-Louis (Dun) et Grégory Yves (Omari).
Nya (J. Brizard) est une mère célibataire qui exerce son métier dans une école secondaire publique. Professionnelle dévouée, elle travaille fort pour la réussite de ses élèves, convaincue de l’importance d’une bonne éducation. Malgré des conditions difficiles, l’enseignante essaie de faire entrer son fils adolescent, Omari (G. Yves), dans une école privée. La situation s’envenime quand ce dernier est impliqué dans un incident grave qui menace son avenir. Pour résoudre le problème, cette maman doit trouver un moyen de le garder à l’école et, surtout, de maintenir leur relation mère-fils.
Par Corinne Bénichou
Jusqu’au 8 mai 2022, Black Theatre Workshop fait son retour aux arts vivants avec cette pièce à succès off Broadway, écrite par la dramaturge primée Dominique Morisseau et mis en scène par Ahdri Zhina Mandiela dans une traduction de Mishka Lavigne.
La référence au phénomène sociologique est décrite comme un cercle vicieux où les jeunes exclus du système scolaire sont rapidement victimes de ce tuyau métaphorique école-prison qui les forcent à intégrer le système carcéral. Soulevant des questions sur l’importance de l’éducation, de l’identité et surtout de la parentalité elle aborde le sujet de l’égalité des chances qui dépend de la classe sociale et de l’ethnicité.
Les six comédiens (dont une seule caucasienne), vêtus dans des tons de gris et de bleu évoluant dans de courtes scènes se croisent, effets sonores inclus. Ils portent tous un tatouage sur le cou, seul celui du père est moins marqué, est-ce un hasard ou une intégration sociale et des moyens financiers marqués. Poser la question c’est peut-être y répondre ! Rapidement, deux femmes, d’âge différent, s’arrêtent et parlent du système éducatif ainsi que des
changements (bons comme mauvais) au fil des décennies, sans oublier l’influence des réseaux sociaux, puis une conversation tendue a lieu entre une adolescente et la mère de son copain. Lors d’un cours d’anglais, Gwendolyn Brooks (1917/2000) est citée. Cette poète, première afro-américaine à recevoir le prix Pulitzer a également été élue à l’Académie américaine des arts et des lettres en 1976.
Harcèlement, incompréhension, mauvaise interprétation (qu’elle soit verbale ou physique), vie familiale brisée par un divorce, décision difficile à prendre, rapport de force, respect (absence ou demande), rapport enfant-parent-couple, inquiétude, pleurs, appel à l’aide, amour contrarié, rôle parental et professoral. Tous ces mots font partie de cette aventure humaine d’une heure cinquante minutes.
Selon Ahdri Zhina Mandiela, l’intention est d’ouvrir les yeux et les oreilles afin que de pouvoir collectivement et individuellement faire l’expérience de l’appel d’une mère noire au monde qui l’entoure. Lorsque cette enseignante plaide pour un espace où son fils peut réellement vivre, elle dit « n’enfermez pas ce qu’il peut devenir » parlant pour des millions de personnes depuis trop longtemps. Chacun est-il prêt à faire sa part pour alléger les pressions institutionnelles quotidiennes qui sont alimentées par inadvertance ou délibérément, en ignorant ou en punissant une rage créée par la situation.
Bien que l’histoire originale se déroule dans l’état de New-York, l’auteur a habilement conçu une réalité explorant l’impact émotionnel qui accompagne une expérience mondiale. Les ravages dans la diaspora noire ont été perpétués pendant des siècles ! La traduction en ‘français montréalais’ apportera au public du local, de la proximité avec un jeu potentiellement immersif.
www.blacktheatreworkshop.ca/pipeline
Théâtre La Licorne
4559, Papineau
Montréal
(514) 523-2246
https://theatrelalicorne.com