Jusqu’au 15 août 2021, le musée McCord présente Il fut un chant de Meryl McMaster. L’exposition propose une réflexion sur la relation entre l’humain et la nature par des créations inspirées des collections du musée.
Par Corinne Bénichou
Son mandat est de créer des liens. Sa volonté principale est de faire vivre le passé dans le présent, dans ce sens, il a été de fondé en 2012 Artiste en résidence. La durée de ce programme est d’ un an avec carte blanche et l’aide des conservateurs(trices). Celui-ci invite les artistes à porter un regard critique et conceptuel sur les collections du musée. Ces derniers sont ainsi invités à réfléchir aux relations entre leur pratique artistique, les artefacts et les histoires qu’ils découvrent au fil de leurs recherches.
Au terme de chaque résidence, les créateurs présentent une exposition individuelle comportant des œuvres créées pour l’occasion. Cette initiative les encourage à livrer une interprétation discursive et hypothétique et à proposer de nouvelles façons d’interpréter l’histoire sous de multiples formes. Pour la première fois, Meryl McMaster ne présente pas des photographies, son art de prédilection, mais se mélange à d’autres médiums comme la vidéographie ou la conception en trois dimensions.
« Nous sommes très heureux d’exposer le travail de Meryl McMaster. C’est une artiste visuelle émergente exceptionnelle dont la réflexion et la création sont toujours percutantes. Il fut un chant reflète à merveille sa démarche créative. C’est une réelle invitation à l’introspection sur notre rapport à la nature » mentionne Suzanne Sauvage, présidente et chef de la direction.
Vous plongerez au cœur de trois œuvres originales inspirées de cloches de verre datant de la fin du dix-neuvième siècle appartenant à la collection Culture matérielle, anciennement 
nommée Arts décoratifs. Ces items, emblématiques d’une époque, renferment des natures mortes, des compositions d’oiseaux empaillés (colibris, entre autres, parfois des papillons) ainsi que des branches d’arbres et des plantes séchées. Ils ont été la base pour la créatrice qui s’interroge sur ce désir de capturer, d’enfermer le monde naturel pour le figer dans le temps.
« Les cloches, les animaux naturalisés et les plantes séchées s’apparentent à des créatures purement utilitaires, contraintes et réduites au silence, constamment soumises à ce désir humain, souvent autodestructeur, d’exercer un contrôle sur le temps et la nature. Ce désir rappelle à quel point la sagesse et l’histoire du territoire ont été aisément ignorées. Les œuvres conçoivent et acceptent cette crainte de la mort en tant qu’élément organique de l’existence, quelque chose qui est partagé par tous, une source de sagesse à puiser » souligne Meryl McMaster.
« À travers ces objets, elle interroge les humains et leur rapport à la nature. Pourquoi quand on l’aime, qu’on est fasciné par elle et qu’on veut la connaître, on l’immobilise, on l’étouffe ??? Il y a quelque chose de paradoxal dans cet attachement, on veut la conserver mais, en même temps, on l’empêche de vivre par ces comportements qui sont une forme de domination, de contrôle que l’homme inflige à la nature !!! Ces thèmes sont développés de manière poétique et personnelle.» ajoute Hélène Samson, conservatrice de la collection photographie.

Ces réflexions sont concrétisées par trois pièces conjuguées au futur : La première, Pour le chant qui viendra, une table lumineuse avec, en son centre, le cadavre d’un étourneau, en opposition à une nuée de moineaux en mouvement, un rituel entre la vie et la mort. La deuxième, La plume qui sera façonnée par demain, pièce composée de fragments de métal avec au somment un magnifique corbeau à deux têtes dont l’une tient en son bec 
une clochette, symbole d’une conscience écologique, elle invite à une déconstruction nécessaire pour se découvrir autrement, ambiance sonore incluse ! Contrairement à la légende qui le désigne comme oiseau de malheur, le corbeau est très intelligent, c’était l’emblème de l’âme, du spirituel, dans les mythologies les plus anciennes. Chez les Grecs, il était le messager, une figure qui avertissait, qui offrait l’espoir. La troisième, Lorsque la 
tempête cessera je terminerai mon travail, une photographie de forme ronde d’un mètre de circonférence, elle est appuyée sur un amoncellement de documents, a un regard songeur, tient une plume à la main, à côté, une bougie éteinte et une autre allumée, deux aspects contradictoires qui rappelle le passage du temps sur fond de ciel bleu qui fait référence au Blueprint premier type de photo pour enregistrer des végétaux ou des tracés il y a également des références à la science associée à l’art.
Meryl McMaster
Titulaire d’un baccalauréat en photographie de l’Université de l’École d’art et de design de l’Ontario (2010), elle vit et travaille actuellement à Gatineau. Reconnue pour ses grands autoportraits à caractère performatif, elle explore les questions de l’identité par le biais du territoire, de la descendance, de l’histoire et de la culture, en puisant dans ses origines nêhiyaw (crie des Plaines), britannique et néerlandaise.
Ses œuvres ont été présentées dans diverses expositions individuelles et collectives au Canada comme à l’étranger. Son travail lui a valu de nombreuses récompenses, dont le Prix nouvelle génération de photographes (2018), le Prix en art autochtone REVEAL (2017), le prix Canon Canada (2010) ainsi que plusieurs autres. Largement représentée au Canada, principalement à Toronto et à Montréal, mais aussi à Washington.
Un rendez-vous à ne pas manquer
Le 2 juin 2021 à midi, une table ronde virtuelle en anglais portera sur ce que la taxidermie révèle sur notre relation avec la nature, tout en examinant des objets issus des collections du musée liés à cette tradition.
Elle sera animée par Bénédicte Ramade, chargée de cours au département d’histoire de l’art et d’études cinématographiques de l’Université de Montréal. Les inscriptions se font en ligne au www.pacmusee.qc.ca
Les conférenciers :
• Meryl McMaster, artiste
• Sara Angelucci, artiste
• Giovanni Aloi, historien de l’art et professeur au School of the Art Institute of Chicago
Musée McCord
690, Sherbrooke Ouest
Montréal
(514) 861-6701
www.musee-mccord.qc.ca
Cloche de verre 1870-1890
Don de Sandra Lang et Sarah Powell
Photos © Musée McCord