Musée McCord : La haute couture avec Christian Dior

Jusqu’au 26 septembre 2021, présentée par Holt Renfrew Ogilvy au musée McCord (seul arrêt au Québec) et conçue par le Musée royal de l’Ontario, situé à Toronto, l’exposition couvre la période 1947-1957, soit de la création de la maison Dior par le couturier jusqu’à son décès, avec. Elle dresse un portrait captivant du processus et des rouages de la haute couture parisienne de l’époque.

Par Corinne Bénichou

Les lignes emblématiques du New Look, (appelé aussi coupe en huit ou en corolle très inspirées par les fleurs et le dix-neuvième siècle avec corsets intérieurs) les étoffes somptueuses et les broderies romantiques qui ont fait la réputation du Monsieur sont mises en scène, mieux, mises en valeur de manière élégante à l’image de Christian Dior. Né à Granville en Normandie (France) dans une famille aisée, il commence sa carrière comme galeriste. Suite aux pertes financières de ses parents en 1929, il se met à faire des croquis pour la maison Lucien Lelong.

Vers la fin la Seconde Guerre mondiale il est contacté par Marcel Boussac, qui avait une maison de textile et beaucoup d’argent, celui-ci le pousse à ouvrir sa boutique c’est un coup de génie car le monde de la mode était restreint à cette époque, les années 40 misaient sur peu de tissu et des coupes droites plutôt masculines,  Lui, au contraire va proposer une silhouette romantique ultra féminine qui va contraster avec la période. Ses jupes larges en dessous du genou, ses tailles fines et ses corsages aux petites épaules sont accueillis avec beaucoup d’intérêt mais également de la méfiance. Dès lors, les anciennes garde-robes sont délaissées. En dix ans, il a créé seulement vingt-deux collections soit aux six mois au lieu de six semaines par la suite chez ses collègues. Par contre, il a misé sur les fournitures auxiliaires, paillettes, broderies, entre autres. Juste avant son décès, l’industrie de la mode estimait à cinq pour cent son apport aux exportations françaises, grâce à son talent inouï pour les affaires. Il faut dire que l’après-guerre est une période favorable à la nouveauté. Tout était à reconstruire, à recommencer, les Français avaient besoin de beau de léger.

Des magnifiques ensembles de jour aux robes de fin d’après-midi et de bal, vous découvrirez la confection raffinée, la minutie du détail et le resplendissant des créations de ce géant de l’âge d’or de la haute couture. Son style, est à l’origine de sa notoriété. Elles sont alors recherchées, portées et même copiées par ces dames partout dans le monde.

« Après Eleganza – La mode italienne de 1945 à aujourd’hui et Balenciaga – Maître de la haute couture, nous sommes ravis de présenter cet hommage à ce grand couturier qui a révolutionné la mode de l’après-guerre. L’exposition, qui s’inscrit dans la vocation de musée, donne l’occasion de montrer les plus belles robes de la collection Costume, mode et textiles. De plus, nous en profitons pour ouvrir un dialogue avec le public en organisant divers rendez-vous et ce, tant au musée qu’en ligne » souligne Suzanne Sauvage, présidente et chef de la direction.

« L’impact de Dior sur la silhouette féminine de la fin des années 40 et 50 est sans précédent, tant par la coupe que par leur confection. Chaque vêtement raconte l’histoire d’une évolution créative inspirée par des mètres de tissu luxueux ainsi que d’une grande expertise. Cette exposition offre une occasion exceptionnelle de voir de près le travail de cette maison de couture renommée et de revivre une décennie charnière dans le domaine de la mode » ajoute Cynthia Cooper, chef, Collections et recherche et conservatrice, Costume, mode et textiles.

À travers sept zones distinctes, de sublimes tenues et de nombreux objets sont présentés et font découvrir le dispositif de l’idéation au vêtement final. Tout commence par les ateliers où vous découvrirez les diverses étapes de la fabrication textile à travers différents croquis, photographies et patrons, puis, les robes de jour, de fin d’après-midi et de soirée et enfin, un secteur complet consacré aux collaborateurs, un autre aux accessoires, tels les parfums, les chaussures et les bijoux, prêtés par Dior Héritage.

Dans ce sens, à l’automne 2020, Vincent Leret, chargé du patrimoine chez Parfums Christian Dior, était invité à une conférence sous le titre Dialogue avec… Cynthia Cooper, chef, Collections et recherche et conservatrice, Costume, mode et textiles confirme « La connaissance de Christian Dior en horticulture et le fait que sa sœur soit propriétaire de jardins floraux, leur association était évidente. Ils ont élaboré le premier parfum Miss Dior afin de démocratiser la marque. En effet, les personnes ne pouvant pas se payer une robe, se permettaient un parfum, un rouge à lèvres. Diorama et Diorissimo ont suivi. Les notes de muguet, de rose, ses fleurs préférées, en étaient les essences principales. Ce projet de relance intégrait les flacons en cristal de Baccarat (ville de Meurthe-et-Moselle, région Lorraine), le tricolore du drapeau français (bleu, blanc, rouge), tout comme la boite pied de poule, son tissu préféré. »

L’exposition réunit cinquante et une toilettes dont quarante modèles proviennent du riche fonds Dior de la collection permanente du Musée royal de l’Ontario et onze robes de la collection Costume, mode et textiles du musée McCord ainsi qu’une centaine d’objets, de photographies et de vidéos d’époque. Parmi les tenues présentées, sept ont appartenu à Margaret Rawlings Hart (1910-2007), une cliente montréalaise. À l’époque, Montréal était une plaque tournante de la mode. La marque y était très présente et appréciée depuis ses débuts.

Holt Renfrew avait d’ailleurs négocié, au début des années 50 pour au moins deux décennies, une licence exclusive pour le marché canadien lui permettant de produire les exemplaires de la Maison Dior, par une vingtaine de couturières, dans ses ateliers montréalais avec les spécifications du Maître bien sûr, mais à des prix raisonnables pour les clientes de la métropole. L’autre moyen était l’astuce ‘libre de douane’. Les magasins américains, au lieu de payer le transport vers Paris, préféraient les revendre au Canada ainsi, éviter les frais douaniers.

« Les créations révolutionnaires de Christian Dior ont su incarner l’enthousiasme de la modernité de l’après-guerre et ont bien résisté au passage du temps. Peu de gens ont autant influencé l’esthétique moderne. Le couturier occupe encore aujourd’hui une place fondamentale dans la mode contemporaine. Nous sommes heureux d’offrir aux Montréalais et Montréalaises une exposition riche et stimulante mettant en vedette une force créatrice aussi emblématique. » mentionne Josh Basseches, directeur général du Musée royal de l’Ontario.

Pour l’occasion, le musée a établi une collaboration inédite avec un designer réputé. Il a fait appel au savoir-faire exceptionnel d’Helmer Joseph pour confectionner trois robes avec des techniques et des matériaux similaires à ceux de l’époque. Pendant plus de vingt ans, le créateur montréalais d’origine haïtienne a bâti son expertise dans le milieu de la haute couture française, au sein duquel il a été formé. Il a assumé des rôles dans divers corps de métier, travaillant à forfait pour des maisons telles Louis Vuitton, Dior et Chloé. C’était l’occasion rêvée de faire revivre une dextérité hautement spécialisée. Une robe et trois toiles pourront y être admirées. La réalisation de ce projet a été rendue possible grâce au généreux soutien des donatrices Pascale Bourbeau, Bita Cattelan et Patricia Saputo. Le musée remercie également l’École supérieure de mode | ESG UQAM, Sergio Veranes Studio et Textiles Couture Elle.

Musée McCord
690, Sherbrooke Ouest
Montréal
(514) 861-6701
www.musee-mccord.qc.ca

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