Orphelins de Dennis Kelly

Jusqu’au 30 novembre 2013
Supplémentaires les 23 et 30 novembre à 20 heures

Traduction de Fanny Britt
Mise en scène de Maxime Denommée

Avec Steve Laplante, Étienne Pilon et Évelyne Rompré.

orphelinsHelen (É. Rompré) et Danny (S. Laplante) s’apprêtent à souper en tête à tête, le petit est chez sa grand-mère, le vin est servi, tout semble annoncer une belle soirée. C’est alors que Liam (É. Pilon) entre en trombe chez sa soeur, couvert de sang et tente, par bribes, d’expliquer comment il aurait sauvé un adolescent ensanglanté, trouvé à quelques pâtés de maisons du logement. Mais les mots et les idées se bousculent dans son esprit, entre ses souvenirs d’enfance où sa soeur et lui étaient envoyés d’une famille d’accueil à l’autre, les obsessions nazies de son ami et les événements de la soirée. Inexorablement, l’apparence de sécurité du couple s’effondrera au son de la logorrhée de Liam.

Par Ariane Dessaulles

Par un travail d’écriture où les phrases sont sans cesse avortées, Kelly parvient à créer un suspense où la vérité semble toujours hors de portée, où les personnages comprennent ce qu’ils veulent bien entendre et taisent leurs réelles angoisses. Dans ce quartier malfamé, le couple essaie de vivre le rêve de la famille parfaite. Cependant, le jeune frère, individu inadapté, ignorant des conventions sociales, vient ponctuellement troubler leur confort. Devant les agressions du monde, l’auteur questionne l’intégrité de ses personnages lorsqu’ils doivent choisir entre leur proche et un inconnu. «Qui on connaît et qui on connaît pas » devient une phrase obsédante, portant en elle la peur de l’autre tout au long de la pièce.

Maxime Denommée choisit d’incarner l’univers poétique de l’auteur par une mise en scène sans superflu, mais à la précision exceptionnelle. Le rythme des mots s’accorde alors aux poses et aux déplacements des comédiens. Il crée une montagne russe d’émotions dans laquelle les intrigues s’ajoutent les unes aux autres pour culminer dans une finale paralysante. Étienne Pilon est particulièrement saisissant dans le personnage dérangé de Liam et le duo Laplante/Rompré incarnent leur rôle avec grande justesse. L’évolution du panorama urbain, aperçu par la fenêtre de l’appartement alors que la nuit avance, crée des transitions temporelles esthétisées à l’efficacité certaine. Elles permettent aussi des arrêts bienvenus dans cette pièce enlevante où la manipulation met en péril les certitudes des protagonistes et questionne leurs valeurs.

Orphelins offre à voir une situation cul-de-sac où l’immobilité est la seule issue et où les mots deviennent des bouées de sauvetage.

LA LICORNE
4559, Papineau
Montréal
(514) 523-2246
http://www.theatrelalicorne.com

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