Jusqu’au 8 février 2014
Mise en scène de Patrice Dubois
Une création du Théâtre d’Aujourd’hui
Avec Sylvie Drapeau.
Alors qu’elle prend la route pour aller au chevet de sa mère mourante, Constance interpelle l’âme de sa grand-mère Marie et lui revient sans cesse avec cette même question : « Pourquoi cette grille qui se refermait sur ma mère se referme-t-elle encore sur moi? »
Par Gabrielle Lamontagne
Le deuxième volet de la trilogie promise par Jennifer Tremblay était très attendu du public. Quatre ans après la création de La liste, c’est à nouveau Sylvie Drapeau qui revêt comme une seconde peau le personnage.
Très fortement ancré dans ce qu’une femme peut avoir de plus précieux (ses parents, ses enfants), le texte s’attarde beaucoup sur la filiation familiale. Une femme dont le père était un coureur de jupons est-elle condamnée, elle aussi, à tomber pour des hommes irresponsables et le mal de vivre est-il forcément héréditaire ?
Dans ce discours intrinsèquement féministe, l’auteure touche à la fois des sujets sensibles et des enjeux plus lointains. Elle se glisse dans la peau de nos mères et de nos grands-mères pour saisir les angoisses les plus viscérales de la maternité, mais aussi dans celle d’une petite fille, afin de lever le voile sur les cicatrices laissées par la vie en pensionnat. Quant aux hommes
qui composent l’environnement de la narratrice, ils sont dépeints comme irresponsables, alcooliques ou violents, ce qui peut manquer d’écho dans une dramaturgie qui cherche à se démarquer du discours victimisant porté au 20e siècle par Michel Tremblay.
La comédienne y est femme comme elle seule sait l’être. Elle attaque ce solo avec une assurance qui cache merveilleusement bien la faiblesse intérieure du personnage et s’approprie toujours aussi bien les mots que l’auteure lui a écrits. Avec pour seul fil conducteur son cheminement intérieur sur l’héritage familial, elle conduit le spectateur à travers des anecdotes sur quatre dégénérations, de sa grand-mère à ses fils, à qui elle s’adresse d’ailleurs avec beaucoup d’émotion.
L’actrice évolue, cette fois, dans une scénographie toute en dentelles de Guillaume Lord, un décor fort simple qui autorise néanmoins une intimité propre aux confidences et sur lequel des projections recréent, à quelques reprises, le fameux carrousel dans lequel Constance craint de tourner trop longtemps.
THÉÂTRE D’AUJOURD’HUI
3900, Saint-Denis
Montréal
(514) 282-3900
http://www.theatredaujourdhui.qc.ca