Jusqu’au 23 février 2016
Les photographies de l’artiste sont inspirées de l’histoire de Flore Tremblay (1887-1975) et d’Henri Patenaude (1887-1920). Premier chapitre d’un bel et troublant héritage émotif.
Par Corinne Bénichou
« Aujourd’hui, Flore a teint son costume bleu en noir » Cette phrase tirée du journal de Clarenda, le 18 août 1920, met en scène l’arrière-grand-mère de Claudine Sauvé.
La soeur aînée de Flore, atteinte de polio à l’adolescence, ne pouvait plus marcher. Elle a été alitée jusqu’à l’âge de cent un ans. La cadette en a pris soin toute sa vie. Elles sont mortes à quelques heures d’intervalle.
Clarenda a tenu, jour après jour, un journal relatant les allées et venues de la famille, à partir de sa chambre qu’elle ne quittait pratiquement jamais. Elle avait hérité du rosier des ancêtres, dit aujourd’hui “maléfique”, transmis de génération en génération.
Henri était son arrière-grand-père. Il a courtisé Flore pendant cinq ans avant qu’elle n’accepte de le prendre pour époux. Il lui a écrit des centaines de lettres d’amour. Il n’en reste que treize aujourd’hui. Flore a brûlé les autres, des années après sa mort, inconsolable. En effet, Henri est décédé à peine six mois après ce mariage tant attendu en avalant un petit os de poulet, oublié dans une soupe préparé par sa femme. À l’époque, on n’a pas pu le sauver à l’hôpital. Flore attendait leur enfant. Mourir six mois avant la naissance de son fils. Mauvais sort !
Paul-Henri était son grand-père. Il a pleuré, son père, qu’il n’a jamais connu, toute sa vie. À la fin de son existence, celui-ci perdait la mémoire. Il a donc écrit des notes dans les cahiers de sa tante pour ne rien oublier des moments importants de l’histoire de ses parents. Paul-Henri ressemblait beaucoup à son papa. Flore pleurait en le prenant dans ses bras.
Lise est sa mère et la fille aînée de Paul-Henri. Jamais il ne la laissa toucher au rosier maléfique.
Claudine est l’aînée de sa famille. Elle préfère les pivoines aux roses maléfiques.
« Après la mort d’Henri, Flore est revenue habiter à la maison familiale, dans la petite chambre de Clarenda, où j’ai vu mon grand-père mourir des années et des années plus tard. Elle ne porta plus que du noir. Une statue de Sainte-Anne auréolée de lumière veille dans cette chambre. Mais ça, c’est une autre histoire… » Claudine Sauvé
Ce récit photographique se veut une transposition poétique et intuitive de cet héritage chargé d’amour, de culpabilité, de solitude, de dévouement, de peine, d’espoir et de lumière.
“Sauvé crée des images nostalgiques qui combinent des photographies d’archives et des scènes contemporaines de la nature qui se fondent dans un récit poétique qui nous plonge dans la notion de mémoire, à la fois personnelle et collective.” a écrit Dorota Kozinska dans la Vie des Arts
Son métier de directrice photo (19-2, Stealing Alice, Miraculum, Pour Sarah) et sa passion pour l’image, comme photographe, font de cette artiste une professionnelle accomplie depuis plusieurs années.
À regarder avec le cœur !
Galerie Espace
4844, Saint-Laurent
Montréal
De 12h à 22h