C’est l’histoire des travailleurs, de leur milieu de vie, de leurs stratégies quotidiennes pour joindre les deux bouts. C’est aussi la grande histoire économique avec les phases successives de l’industrialisation puis de la désindustrialisation qui ont façonné la destinée des classes populaires montréalaises.
Par Corinne Bénichou
Entre le milieu du dix-neuvième siècle et la seconde Guerre mondiale, Montréal est le 
cœur financier et industriel du Canada. Les usines se multiplient et la population croît rapidement dans le Centre-Sud. La mécanisation bouleverse l’organisation du travail et façonne la ville. Les cent mille familles vivent dans des conditions difficiles, malgré tout, elles s’adaptent.
En 1882, les ouvriers non qualifiés recevaient un salaire annuel moyen de deux cent 
quarante dollars ! Loin d’être suffisant, il n’était donc pas rare de voir travailler leurs femmes et leurs enfants. Le témoignage de la jeune Florina Lacoste, âgée de douze ans, est significatif. Rencontrez aussi les Filion afin de constater les circonstances dans lesquelles ils évoluaient. Un des nombreux défis quotidiens est l’approvisionnement et la conservation des aliments comme en témoigne une glacière de l’époque. « C’était une forme de survie, un combat quotidien, les enjeux étaient grands, les conditions de vie difficiles. Entre deux emplois précaires, il y avait des périodes de chômage. Les gens déménageaient souvent. Le titre évoque tant 
la misère que la grandeur, d’où l’appellation de ‘fier monde’ qui honore la contribution de ces personnes ordinaires mais ô combien importantes. » confirme le directeur général Éric Giroux, responsable de la recherche et des collections.
Jour après jour
Photo : Marie-Josée Lemaire-Caplette
Écomusée du fier monde

Des photographies de la construction du pont Jacques-Cartier et du port illustrent le réseau de transport en plein essor. C’est d’ailleurs à l’odeur, se dégageant des arrivages de mélasse, qui se répandait dans le quartier que l’on doit l’expression Faubourg à m’lasse. La métropole est non seulement un véritable carrefour mais, également, le centre 
manufacturier le plus important du pays. Découvrez des images et des objets des plus anciennes bâtisses : La brasserie Molson fondée en 1786, Macdonald Tobacco établi en 1858, la biscuiterie Viau & Frère datant de 1867, entre autres. « autour de ces grands chantiers
À partir de 1950, le déclin des vieux quartiers s’amorce. Plusieurs compagnies migrent 
vers de nouvelles zones industrielles, alors que d’autres ferment simplement leurs portes. Les emplois sont plus rares et la population décroît. Malgré ces conditions difficiles, les résidents du Centre-Sud ne se laissent pas abattre et se donnent les moyens d’agir. Ils se réunissent et tissent des liens, que ce soit dans les paroisses, les syndicats ou d’autres lieux de sociabilité tels les parcs et les cabarets. « Parmi les grands chantiers, les 
transformations urbaines majeures, Radio-Canada qui, uniquement pour son stationnement, a occasionné l’expulsion de centaines de familles !» explique Éric Giroux.
Pendant ce temps
Photo : Marie-Josée Lemaire-Caplette
Écomusée du fier monde
Dans les années 60 et 70, des groupes communautaires sont mis sur pied. L’espace se 
transforme et voit son identité se fragmenter, se redéfinir. Le quartier est maintenant marqué par le savoir et la culture. Le milieu continue de se réinventer. Des activités culturelles, des publications et des programmes éducatifs sont au rendez-vous ! Découvrez la vie quotidienne en milieu ouvrier et suivez le parcours inspirant de groupes citoyens.
Exposition permanente
Écomusée du fier monde
2050, Atateken
Montréal
(514) 528-8444
www.ecomusee.qc.ca