Les expositions de l’Usine C

Usine C, est non seulement un centre de création et de diffusion pluridisciplinaire, une compagnie du spectacle vivant située dans le quartier Centre-Sud à Montréal mais aussi un lieu l’art, sous toutes ses formes, a sa place.

Par Corinne Bénichou

Suite aux importants travaux de rénovations et de mise à niveau de ses équipements, vingt-cinq ans après sa fondation, l’équipe de cet établissement a mené un concours ‘d’œuvre publique, un pour cent’. Elle est fière de dévoiler, aujourd’hui, la sculpture Entre l’ombre et la voix de l’artiste canadien David Armstrong VI inaugurée dans le jardin. Celle-ci se déploie comme une suite de proliférations harmonieuses, un peu végétales, peut-être animales, mais surtout curieusement fluviales et définitivement anthropomorphes.

À cette occasion, plusieurs autres œuvres du sculpteur seront présentées en intérieur et dans une perspective de complémentarité artistique, l’Usine C accorde une place importante à la diffusion des arts visuels.

Pour créer la série inédite de dessins Changement de Statut au feutre et stylo métallique sur papier, Shabnam Zeraati s’est inspirée des photos qu’elle a prises de deux danseurs de corde pendant le Festival de Jazz durant son voyage à Montréal avant son immigration au Canada. En 2012, d’abord en petit format afin d’illustrer un texte qu’elle a écrit et conçu pour un livre d’artiste. En 2023, suite à l’invitation de l’Usine C, elle a trouvé cette occasion en or de dessiner, à nouveau, sa série avec cette nouvelle technique et, cette fois-ci, en grand format car elle y a trouvé une cohérence directe entre ses dessins et l’espace d’exposition qui lui était offert.

Dichotomie est le manifeste d’un amour 2.0 à l’ère du jetable, du recyclable, du composte et du command d [delete]. Regard impudique sur l’archéologie de transmissions amoureuses, gorgées d’aspirations et de solitudes, Dominique T. Skoltz porte un regard doux-amer sur l’omniprésence des technologies dans nos vies, sur les contradictions et les frontières perméables entre le réel et le projeté, le vrai, le faux, le concret, le sublimé, le face-à-face étendu que sont les communications texto dans une relation amoureuse. Territoire fragile et échafaudé dans l’acte selfique où prennent forme l’auto-marquage et l’icônisation de soi. Ce projet questionne sur la manière dont les nouvelles technologies propulsent, transforment les rapports humains.

Andrée-Anne Mercier présente Des fins de journée aux jours simplifiés deux séries d’illustrations numérique réalisés en 2021 et 2022. L’esthétique dépeinte dans l’exposition découle d’une recherche et documentation de maisons, couleurs et montagnes, faites au préalable par l’artiste à Hawaï. Suite à un processus numérique, les œuvres, en deux temps, réfléchissent à la manière dont le métissage, entre le réel et le virtuel, modifie non seulement l’objet d’art lui-même, mais aussi la perception du lieu initial. Les différentes couches et transformations appliquées ainsi que la superposition du numérique génèrent un résultat qui brouille ou accentue le souvenir gardé en mémoire. L’image finale, à l’ambiance mystérieuse et aux couleurs animées, fait écho à la fragilité des lieux qui l’entourent.

L’exposition Puberty présente des impressions d’archives à jet d’encre (encre pigmentée) signées Laurence Philomène. Ce projet d’autoportrait photographique examine le processus intime et vital des soins auto-administrés en tant que personne transgenre non-binaire prenant de la testostérone à travers un traitement hormonal substitutif. Créé entre 2019 et 2020, ce projet combine couleurs surréalistes et environnements banals afin de documenter les moments quotidiens et les changements physiques lents et subtils qui se produisent pendant la transition hormonale de l’artiste. Considérant ce procédé comme un processus sans objectif final fixe, Puberty met les spectateurs au défi de considérer l’identité au-delà des pré-conceptions binaires.

Dans Désert mauve, un livre à traduire, Symon Henry a composé les bases d’un projet d’opéra en faisant entrer en résonance l’imaginaire poétique et son propre univers sonore. Il a donc cherché à son tour, à s’imprégner des personnages et à imaginer les textures harmoniques irisées de leur environnement, aux couleurs complexes, modulant constamment entre consonance et riche rugosité à l’image des couleurs du désert, toujours semblables, toujours différentes dans l’infinie complexité des détails. Une rencontre entre les arts visuels, la musique de concert et la poésie préside à la démarche de cette égypto-québécoise. Délaissant l’écriture conventionnelle formée de notes accrochées à une portée, sa musique se lit et s’interprète plutôt depuis un ensemble de dessins formant des tableaux avec son. Ces derniers sont conçus pour être interprétées par des musicien(ne)s en concert, mais aussi pour qu’ils puissent être entendus par tout un chacun, dans l’intimité de son écoute intérieure. Depuis 2012, l’artiste ne compose que de la sorte, encres, pastels ou peinture Flashe en main, quelques règles simples en tête : Les partitions se lisent de gauche à droite, les couleurs correspondent aux différents instruments, un trait foncé correspond à un son fort, pâle à plus doux, en haut de page il est aigu, plus bas il est grave.

Les papiers peints de demain est une série d’œuvres de Diane Gougeon développées autour de réflexions sur la nature dans le contexte de la crise climatique. À l’aide de papiers peints créés numériquement, imprimés et adaptés aux lieux publics qui les accueillent, l’artiste interpelle les spectateurs sur des enjeux tels que l’extinction des espèces, le réchauffement de la planète, la pollution atmosphérique, etc. Grâce à des marqueurs de réalité augmentée dans les œuvres, le public peut accéder à du contenu sonore à partir de leurs appareils mobiles. Ici, il y a majoritairement des nuages créés par l’activité humaine, dont l’omniprésence a mené à de nouvelles classifications. Ainsi, les homogenitus qui comprennent autant les traînées de condensation des avions que les fumées de centrales nucléaires, sont, pour la créatrice, des symboles de la transformation que l’être humain fait subir à son environnement. Des motifs de drones, destinés à ensemencer des nuages pour produire de la pluie, illustrent aussi ce paradoxe afin de régler un problème que l’humain a contribué à créer.

La couverture de la brochure de saison 22.23 de l’Usine C est une œuvre extraite de la série Musement de Marianne Chevalier. Celle-ci représente la pensée roulant sans cesse tel un flot continu en arrière-plan. Ces séquences d’images sont pareilles à une déambulation, à une flânerie de l’esprit. Par le biais du collage et de la sérigraphie, l’artiste visuelle et illustratrice québécoise s’intéresse à la fabrication de formes organiques et à l’élaboration de légendes. Ses collages sont réalisés de manière automatique avec des fragments issus d’images photocopiées. La provenance de ces morceaux trouvés est diverse : Peintures anciennes, motifs de vêtements, planches encyclopédiques, gravures publicitaires, cheveux reproduits, etc. Cette dernière utilise ce qu’elle considère intéressant non seulement au niveau graphique mais également au niveau conceptuel. Construisant ses collages avec spontanéité, joue avec l’échelle, la répétition des motifs et des textures, décontextualise des éléments connus et les assemble avec d’autres ainsi elle crée une nouvelle réalité. En concevant ces images, développe une narration métaphorique. Les formes nées de ces collages semblent être issues d’un conte oublié évoluant dans un cadre surréaliste. La réalisation arbitraire des assemblages s’apparente sensiblement au fonctionnement de la mémoire où le stockage de données est constamment bougé, remanié, réagencé , ce qui ouvre sur un foisonnement en constante expansion.

Du mardi au vendredi de 14 heures à 17h30.
Également deux heures avant les représentations les soirs de spectacle.

Usine C
1345, Lalonde
Montréal
(514) 521-4493
https://usine-c.com

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