Revenir à l’amour au Montréal, arts interculturels

« Le feu de l’amour brûle toujours en nous, même si les braises sont froides. Toujours là, il attend que l’étincelle le ravive, que le cœur s’éveille. » bell hooks, À propos d’amour, 2022, p.87.

Par Corinne Bénichou

Comment célébrer La vingt-cinquième saison d’un lieu unique considéré par tant d’artistes et de publics comme leur seconde maison ? En continuant d’offrir les espaces à de nouveaux pas de danse audacieux, à des paroles qui racontent les deuils de ceux/celles qui se sont engagé(e)s sur la route de la résistance et à des canevas qui vous convaincront que d’autres mondes lumineux sont possibles.

À cette occasion, une collaboration étroite avec trois commissaires, dont les liens avec l’organisme sont profonds et significatifs, a été effectuée. Angie Cheng, Lara Kramer et Alexandra Spicey Landé ont non seulement développé leurs propres pratiques artistiques, mais ont également contribué à l’évolution des pratiques d’autres artistes. Venez partager ces coups de cœur et célébrer cet amour qui fait battre le cœur de cette structure depuis un quart de siècle. En ces temps politiques et écologiques troubles, les treize projets de cette saison vous rappelleront de revenir à cet amour indéniable pour les communautés et les histoires qui gardent la flamme allumée.

Programmation 2024 :

Du 5 septembre au 26 octobre, l’exposition Connecting From the Inside Out de My-Van Dam. Commissaire : Geneviève Wallen. C’est l’examen des manières, dont les traumatismes sociétaux transmis, qui habitent le corps. Ici, les pratiques somatiques, incluant la voix et le mouvement sont utilisées pour explorer les outils de soin individuel et collectif. Les concepts de l’artiste prennent vie à travers des sculptures, des dessins et une installation vidéo. Passant par son parcours de guérison à des cadres de bien-être collectif, elle met en évidence la possibilité pour les femmes racisées de se mobiliser afin de réparer des blessures communes.

De gauche à droite : Aurélie Ann Figaro + Miranda Chan + Jeimy Oviedo Quesada + Nicole Jacobs © My-Van Dam.

Les 17 et 18 octobre, le cabaret Dragcessible House of Gahd. La drag, c’est pour tous et toutes ! Uma et Selma Gahd vous présentent un spectacle où se multiplient les possibles. Dire non aux limites imposées par les forces externes et oui au braquement des projecteurs sur les artistes de la diversité capacitaire afin qu’ils/elles brillent de mille feux. Préparez-vous pour une soirée exaltante, passionnée, loufoque et, évidemment, débordante de paillettes. L’art de la drag célèbre la diversité, l’audace et la perturbation du statu quo. C’est un medium qui se prête autant à la réinvention qu’au jeu, un testament à l’idée qu’il n’y a pas qu’une façon d’être ou de s’exprimer. C’est une célébration remplie d’amour et sans remords de l’inattendu.  © Uma Ghad et Selma Gahd

Les 12,13,15 et 16 novembre, ce mélange de danse, de musique, de théâtre d’ombres et d’arts visuels est nommé The Conditions de Lucy M. May | Looumms avec Ja James Britton Johnson et Lucy M. May. Si le ressenti était un mode de connaissance ? Six artistes issu(e)s de l’improvisation se plongent dans le présent sensoriel. Leurs fabulations ouvrent des canaux entre l’enveloppe déroutante du monde et les paysages intérieurs tumultueux. Combinant les relations senties avec le lieu et la consistance physique des émotions, The Conditions fait suite en partie à la recherche de Lucy M. May d’un lien incarné et spirituel avec sa terre natale du Wolastokuk/Nouveau Brunswick, tout en composant avec l’origine coloniale de ses racines. La galerie est autant une institution au climat contrôlé qui éloigne de la nature et du corps, qu’un temple voué au ressenti. Sous ses fondations en béton, le socle rocheux cède. Une exposition interdisciplinaire, réalisée en collaboration avec Fran Chudnoff, Ja James Britton Johnson et Maisie O’Brien, accompagne cette performance multiforme avec Patrick Conan et Amy Macdonald. Dans l’intimité de cet espace clos, les artistes vous invitent à écouter, espionner, errer et se laisser absorber.  © Fran Chudnoff

Le 28 novembre, l’art performatif avec Untitled de Louise Liliefeldt, Cette performance solo est une exploration brute et immersive du concept de lutte. Son titre ne pourra émerger qu’une fois que l’artiste aura occupé l’espace et l’aura laissé influencer ses gestes. En prenant inspiration de la souffrance et de la force inhérentes à la condition humaine, sa démarche creuse les complexités des notions d’identités racisées, du travail et de la migration. En ayant recours à la répétition et au rythme, elle parvient à créer de la tension, ainsi qu’un sentiment d’urgence. Le mouvement complet du corps lui permet de dessiner à même les différentes parties et facettes de son être. Elle peint les murs avec le rythme de ses battements de cœur, vous invitant à faire l’expérience des états émotifs et psychologiques qu’elle incarne.
© Christian Leduc

Programmation 2025 :

Du 15 au 18 janvier,* danse et arts visuels avec Traceable de Nubian Néné | A Lady in the House Dance Company Une série de capsules évocatrices distinctes explorent la nature changeante de l’identité. Animée par son propre parcours, Dans ce contexte, il est examiné la façon dont la santé mentale affecte la créativité, particulièrement à travers la lunette de son expérience en tant que femme noire. Cette œuvre introspective adresse les effets de l’anxiété, de la dépression et de la faible estime de soi, mettant en relief les mécanismes d’adaptation et les systèmes de réparation qui se développent en réaction. Inspirée par la musique, l’architecture, les atmosphères, la dramaturgie, l’histoire, la culture noire américaine, ainsi que son héritage haïtien, elle crée un processus multidimensionnel qui mène vers la guérison. L’art visuel, la poésie et les styles de danses, tels que le House et le Breaking, sont incorporés. Ces formes lui permettant d’exprimer la tourmente et la résilience qui gît en elle. © Lauriane Ogay

* Le 18 janvier à 14 heures et à 19h30.

Les 29, 30, 31 janvier et 1er février,* danse contemporaine et art performatif pour Anxiety de Simik Komaksiutiksak avec Jontae McCrory + Courtney Taticek. Ici, l’histoire, les récits personnels et les réalités actuelles des communautés autochtones et racisées sont creusées. Dirigé(e)s par Simik Komaksiutiksak, les artistes Cheyenne LeGrande, Courtney Taticek, Chrystal Tam, Jontae McCrory, Ulluriaq Imak et Katie Couchie utilisent la danse pour mettre de l’avant le pouvoir transformateur de la collaboration, sa capacité de guérison à travers la créativité et la confiance. Ce faisant, la performance devient un espace sécuritaire pour la réflexion et le dialogue, le mouvement improvisé devient un véhicule afin d’explorer les traumatismes intergénérationnels. Puisque le corps est intrinsèquement lié à la mémoire, l’anxiété peut se manifester sous la forme de maniérismes uniques, des gestes et des mouvements involontaires traduisant des réalités psychiques et sociales. S’y pencher amène à y creuser de nouvelles voies offrant une opportunité d’interroger, de réfléchir et d’entrer en relation avec des enjeux importants.

© Pierre Tran

* Le 1er février à 14 heures et à 19h30.

Du 6 au 22 février, une exposition et une installation pour Dear Laila de Basel Zaraa. « Chère Laila, tu as cinq ans maintenant et tu as commencé à me demander où j’ai grandi et pourquoi nous ne pouvons pas y aller. Ce qui suit est ma tentative de t’offrir une réponse. » Les semences de cette œuvre ont été plantées quand la fille de Basel Zaraa, âgée de cinq ans, lui a posé des questions sur la terre qui l’a vu naître. Puisqu’il ne pouvait pas l’emmener, il lui a créé une maquette de la maison de son enfance, située dans le camp de réfugié(e)s palestinien(ne)s de Yarmouk à Damas. Par le biais d’une histoire familiale, il fait part de son expérience du déplacement, ainsi que celle de la résistance, révélant comment la guerre et l’exil affectent le vécu au quotidien dans l’espace domestique et public. Une installation intime et interactive vous invitant à y entrer un(e) à la fois, celle-ci vous rappellera que lorsqu’un lieu cher à vos yeux est détruit, raconter son histoire permet de lui redonner vie.
© Pietro Bertora

Du 26 février au 1er mars,* de la danse contemporaine avec Those Roots Within d’Alida Esmail, Sophia Wright et Hodan Youssouf avec Alida Esmail et Hodan Youssouf. Que se passe-t-il quand les sourd(e)s et les entendant(e)s se rencontrent au sein d’une performance ? Les thèmes des identités minoritaires et de l’immigration prennent vie par le mouvement, la musique signée, les vibrations et la l’éclairage, alors que le duo transforme la scène en une carte du monde, retraçant les pas de leurs ancêtres. Leurs chemins se rejoignent et se désynchronisent, offrant une réflexion sur l’intersection, les déconnexions et leurs histoires familiales. Ces artistes existent dans leurs réalités respectives, tout en négociant avec le monde qui les entoure. À chaque croisement de leurs trajectoires, une réflexion est possible sur la solidarité et sur les efforts nécessaires pour mener à bien le travail crucial de communication entre les expériences diverses. © David Wong

* Le 1er mars à 14 heures et à 19h30.

Du 6 au 29 mars, l’exposition agency de Tīná Gúyáńí, Glenna Cardinal et seth Cardinal Dodginghorse. C’est la plus récente collaboration parent-enfant. Elle retrace l’histoire de la perte de leur maison ancestrale, située dans la nation tsuut’ina, suite à une entente de transfert de terres au profit de la construction de la Southwest Calgary Ring Road. Cette éviction forcée sert de trame de fond pour explorer le déracinement et la revendication par le biais de la guérison. En ayant recours au cinéma, à la musique et à l’art visuel, la paire d’artistes critique les institutions coloniales qui continuent de détruire les maisons matrilinéaires et de diviser les familles et les communautés. À travers un hommage touchant à leur terre/maison et à leur parenté, cette exposition envisage une nouvelle forme d’agentivité,* une qui soit autodéterminée, non-coloniale et non-patriarcale. © seth cardinal dodginghorse

* Capacité de l’être humain à agir de façon intentionnelle sur lui-même, sur les autres et sur son environnement.

Du 9 au 12 avril, des arts médiatiques, de la danse et un film pour The lightest dark is darker than the darkest light (Guāng Yīn) de Nien Tzu Weng co-présenté par Danse-Cité. Quāng signifie lumière et yīn se traduit par négatif ou ombre. Ensemble, ils forment guāngyīn, le temps. Après avoir passé quinze ans au Canada, l’artiste remonte le cours du temps. Ce parcours est crucial, elle doit faire l’expérience de ce qu’elle a manqué dans le passé pour comprendre les raisons qui l’ont poussée à quitter en premier lieu. Au final, de la fuite émerge une nouvelle trame narrative. Dans Dans cette prestation, la jeune femme déconstruit les racines culturelles de sa pratique, expérimentant avec une identité corporelle liée aux concepts anciens issus du taoïsme. À travers les aspects yin et yang du corps, elle relie les mondes intérieurs et extérieurs, les espaces physiques et virtuels. Le résultat est une performance immersive où danse, gestes, décors évocateurs, robots lumineux et personnages se mêlent dans un riche paysage onirique.  © Vjosana Shkurti

Du 23 au 26 avril, performance et danse avec A Hole is a Hole ia a Hole is de Ton Bogataj, Christopher Ramm et Marco Merend avec Ton Bogataj. Vous vous rassemblerez autour d’une table décadente, somptueusement décorée. Derrière le papotage du quotidien se cachent les questions les plus existentielles : « Suis-je un Twink ou plutôt un Daddy ? Que vais-je laisser derrière si je n’ai pas d’enfants ? Que signifie l’identité queer dans un monde où l’anéantissement de la planète relève du domaine du réel plutôt que du scénario d’une super production hollywoodienne, mieux apprécié avec un sac de maïs soufflé à la main ? » Cette exploration tragi-comique de la perception de soi et des normes sociales. Le trio d’auteurs vous invite dans leur rassemblement familial immersif. Plusieurs décennies après leurs coming out, ils/elles revisitent leurs parcours à la lumière de la biomythographie, un concept emprunté à Audre Lorde désignant le croisement de la biographie, du mythe et de l’histoire épique. Chorégraphies, confessions et vœux se rencontrent, se brouillent et se déploient sur la table. Grâce à votre participation, cette performance favorise la création d’un espace où imaginer de nouveau les identités et accueillir les avenirs et devenirs queers. © Lorenz Vetter

Les 30 et 31 mai, musique, performance et danse pour Drip or Drown de Jai Nitai Lotus. Dans ce concert Hip-Hop réinventé, Jai Nitai Lotus présente un mélange surprenant de performance, de parole, de danse, de projections visuelles et de musique, avec la contribution de ses mentoré(e)s. Cette prestation plonge dans les luttes intérieures et extérieures relatives au maintien de l’individualité. La table est mise : Un studio portatif et plusieurs scènes évoquentla quête de l’artiste au cours de sa carrière. Des mots aussi socialement engagés qu’introspectifs laissent place à la l’émerveillement. Sommes-nous un reflet de celles/ceux avec qui nous nous associons ? Comment la peur peut-elle ouvrir la voie à l’authenticité ? Est-il possible de préserver de l’espace pour une identité en constante évolution à travers la recherche de l’actualisation de soi ? Bien que personnelles, le spectacle laisse ces questions ouvertes vous encourageant à former vos propres conclusions. Peut-être s’agit-il au final d’un rappel des multiples formes que peut prendre l’identité ? © Tommy Nuguid

Du 18 au 21 juin, danse, musique et mode avec Face Rider de Fran Chudnoff, Driftnote et Angela Cabrera, produit par le Toronto Dance Theatre, avec Ryan Kostyniuk, Cal, Roberto Soria et Jessica Mak. Construit à partir de l’iconographie de l’ermite, du cochon et du himbo (beau gars pas très futé), c’est un dépotoir sordide indie. Pensez à cette danse comme une tourbière glissante qui célèbre la déviance du genre, la résurrection pailletée et qui a le visage de l’amour, du rire et de la vie au désordre du vivre-ensemble. Cette performance réinvente la nature désarmante de l’imagerie aspirant au succès par le biais des mélodies mornes du Midwest emo (en référence à la scène et/ou au sous-genre qui s’est développé dans les années 90 aux États-Unis), des paroles de chanson intimistes et de l’esthétique du banal insoluble. Conçu en collaboration avec l’artiste multimédia Driftnote et la créatrice de mode Angela Cabrera, ce spectacle est un(e) plongeur(euse) au précipice du tremplin imaginant son corps échoué à exécuter une rotation et s’écrasant à la surface des eaux de la transformation. Sincérité, énergie, précision, désordre et présence.

De gauche à droite : Ryan Kostyniuk + Cal + Roberto Soria + Jessica Mak © Roya DelSol

billetterie@m-a-i.qc.ca
www.m-a-i.qc.ca/billetterie

Montréal, arts interculturels
3680, rue Jeanne-Mance
Montréal
(514) 982-3386
www.m-a-i.qc.ca/saison/24-25-fr

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