Montréal en mutation par Andrew Jackson. L’espace noir, lieu de résistance, de résilience et de quête d’appartenance.
Par Corinne Bénichou
Jusqu’au 28 septembre 2025, l’exposition est une incursion dans un quartier du Sud-Ouest de la métropole. Pendant deux ans, le photographe y a documenté les points de repère importants de la communauté noire et est allé à la rencontre de personnes ayant grandi dans ce quartier, qui y résident ou qui y sont toujours attachées. En résulte soixante et une photographies mettant de l’avant ceux et celles qui furent les témoins des transformations urbaines et sociales ayant profondément affecté la Petite-Bourgogne. Trois courts métrages, touchants et percutants, y font également entendre les voix. Une vingtaine d’images et d’objets issus des collections du musée, sélectionnés par Andrew Jackson, y sont présentés. Mis en relation avec des objets contemporains prêtés par des résident(e)s du quartier, opèrent un dialogue entre le passé et le présent.
À travers ce projet, le photographe expose la dualité propre aux lieux que l’on définit comme des espaces noirs (Black spaces). S’ils incarnent un sentiment de sécurité, de liberté et d’appartenance pour cette communauté, ils véhiculent plutôt une image négative auprès des autres personnes. Andrew Jackson explique « Lorsque des espaces urbains, comme la Petite-Bourgogne, sont désignés comme des espaces noirs, cela a de profondes implications pour les personnes qui les occupent. C’est particulièrement vrai en Amérique
du Nord, où historiquement, dans les esprits, les espaces noirs n’ont pas existé en tant que lieux d’acceptation ou de célébration de la différence. Ils ont plutôt été associés à une notion d’échec, qui devient le catalyseur de renouvellement urbain et d’embourgeoisement menant progressivement à l’effacement des communautés noires »
Au fil de sa recherche réalisée dans le cadre de la commande photographique Montréal en mutation, Andrew Jackson s’interroge sur la façon dont ces espaces noirs (physiques et discursifs) sont vécus par la communauté noire. Il s’intéresse particulièrement aux dynamiques de création et de maintien de ceux-ci, de manière réelle ou symbolique et aux espaces physiquement occupés dans le passé. Son travail met en lumière la façon dont ces endroits perdurent dans la mémoire collective, comment l’attachement subsiste longtemps
après leur disparition en raison du renouvellement urbain et de l’arrivée de nouvelles communautés. Comme l’a constaté Andrew Jackson « Ce phénomène est si puissant que longtemps après leur départ, qu’il soit volontaire ou non, les personnes noires continuent d’y effectuer un pèlerinage de retour. »
Bien que la population noire représente aujourd’hui environ dix-huit pour cent des onze mille habitant(e)s, la Petite-Bourgogne demeure un site historique d’importance pour la communauté. En tant qu’un des premiers lieux d’habitation des personnes noires au Québec, le quartier offre une perspective unique sur les conséquences de la rénovation urbaine et de l’embourgeoisement sur les populations historiques à Montréal et dans toute
l’Amérique du Nord au vingtième siècle. Même si certains lieux de rencontres importants comme l’United Church, la plus vieille église de congrégation noire au Canada, se trouvent désormais en périphérie des lignes de démarcation contemporaines, ils restent intimement liés à l’histoire de la communauté qui les a fondés et animés.
Musée McCord Stewart
690, Sherbrooke Ouest
Montréal
(514) 861-6701
https://www.musee-mccord-stewart.ca
Andrew Jackson, Corps noirs, Parc Oscar-Peterson, 2024
Andrew Jackson, Les mains de Jason, 1965, rue Saint-Jacques, 2024
Roger Aziz salle expo photo mc cord