Moi, Daniel Blake (I, Daniel Blake) de Ken Loach

Avec Dave Johns, Hayley Squires, Dylan McKiernan, Sharon Percy, Briana Shann, John Sumner, Mark Burns, Micky McGregor et Ann Kate Rutter.

daniel blakePour la première fois de sa vie, Daniel Blake (D. Johns), un menuisier anglais de cinquante neuf ans, est contraint de faire appel à l’aide sociale à la suite de problèmes cardiaques. Mais bien que son médecin lui interdise de travailler, il se voit dans l’obligation de rechercher un emploi sous peine de sanction. Au cours de ses rendez-vous réguliers au centre d’emploi, il va croiser la route de Katie (H. Squires), mère célibataire de deux enfants, contrainte d’accepter un logement à des centaines de kilomètres de sa ville natale pour ne pas être placée en foyer d’accueil. Les deux pris dans les filets des aberrations administratives de la Grande-Bretagne d’aujourd’hui, vont tenter de s’entraider.

Durée : 1h41
Distribution : Métropole Films
En salles depuis le 5 mai 2017

Par Corinne Bénichou

Le célèbre et engagé réalisateur (Jimmy’s Hall, La part des anges, Le vent se lève) trace, ici, un portrait réaliste et émouvant des démunis face à une administration gouvernementale indifférente et bornée. Il met en scène, en toute simplicité, avec grand talent, l’humoriste britannique dans un rôle à contre emploi et, comme à comme à son habitude, donne la meilleure place aux humains face à leur destin, à leurs combats. Pour lui, le cinéma doit pointer du doigt les iniquités générées par des pratiques de plus en plus impitoyables.

Le scénario de ce vingt cinquième long métrage (Palme d’Or Cannes 2016), tourné à Newcastle, a été bâtit à partir des témoignages et de faits vécus. La scène de la banque alimentaire est significative (excellente Hayley Squires) et les vingt premières minutes montrent à quel point la situation est ridicule et les employé(e)s de l’État en manque d’écoute.

La robotisation des institutions engendre la déshumanisation, l’attente interminable, afin de joindre un fonctionnaire au téléphone et lui parler quelques minutes sans obtenir d’information constructive, en est l’exemple flagrant ! De plus, le gouvernement complique le processus pour éliminer le maximum de chômeurs et l’informatique renforce la difficulté des démarches pour les plus âgés.

Alors, la précarité, la détresse et la honte s’installent rapidement. Le fossé entre les travailleurs et les sans emploi se creuse. Le jugement et le regard des autres blessent. Certains profitent même de cette infortune dans le but d’en tirer partie.

Quand l’exaspération est à son comble, suite à humiliation perpétuelle, elle entraîne des actes répréhensibles mais assumés. À force de détermination et de patience, le personnage principal parvient à ses fins, mais fragilisé par de mauvaises conditions de santé et par le stress, il ne sera pas en mesure de défendre sa cause !

Le constat global de ce film est que la cruauté sociale, qui amène au tragique, laisse un goût amer d’injustice.

À voir absolument.

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